Un nouveau front de « l’Etat islamique dans le Grand Sahara » se forme dans certaines régions du Sahel

Publié par Ftouh Souhail le 23 janvier 2018

Lentement mais sûrement, les djihadistes musulmans progressent dans la ceinture sahélienne qui recouvre, entièrement ou en partie, la Mauritanie (au sud), le Mali, le Burkina Faso (au nord), le Niger, le Tchad (au centre) et l’Algérie (à l’extrême sud).

Une douzaine de villages sont plus ou moins encerclés par des troupes de l’État islamique qui tentent de se tailler des fiefs. Une série d’attentats suicide et des enlèvements ont fait de ces regions l’un des endroits les plus dangereux au monde.

Inquiets de voir la situation échapper à tout contrôle, plusieurs capitales européennes ont décidé d’agir. À la fin, c’est peut-être la sécurité de l’Europe qui a convaincu ces pays d’intervenir.

Plus grave encore, le Maroc continue de noyer la région sahélienne sous un énorme flux de haschisch et de cocaïne.

Ici il est important de rappeler le role de ce pays proche de la France dans la production et le trafic de ces produits desquels le Maroc est reconnu par toutes les institutions internationales comme étant le leader mondial.

Année après année, le Royaume des chérifiens – tout comme l’Afghanistan- continue d’occuper la place peu enviable de premier producteur au monde de cannabis. C’est l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), qui l’indique dans son dernier rapport. Ainsi, le Maroc, avec sa méga production de Hachich, est une véritable menace pour son voisinage africain ainsi que pour l’Europe.

Au Sahel, les narcotrafiquants et les groupes terroristes présents tel qu’Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI), Ansar Dine, et Boko Haram tirent, de ce trafic de drogue marocaine, leurs principaux financements. Trafics d’armes, de drogues et blanchiment d’argent sont devenus monnaie courante entre tous ces groupes extrémistes musulmans.

Les pays du Dialogue 5+5 veulent unir leurs forces contre les djihadistes 

Ce lundi, 22 janvier 2018, à l’ouverture de la 14e Conférence des ministres des Affaires étrangères du Dialogue 5+5 présidée par Jean-Yves Le Drian à Alger, la France a exprimé sa volonté de voir un partenariat régional pour la lutte contre les mouvements djihadistes qui pullulent dans la region.

Le Dialogue 5+5 regroupe les cinq pays dits du « Maghreb arabe » (Algérie, Maroc, Tunisie, Libye et Mauritanie) pour la rive sud de la Méditerranée et l’Italie, la France, l’Espagne, le Portugal ainsi que Malte pour la rive Nord.

Les représentants de ces dix pays promettent d’unir leurs forces dans la lutte antiterroriste et la sécurité.

A ce propos, les ministres (en photo) ont dit encourager «l’échange d’expériences en matière de prévention de la radicalisation, de dé-radicalisation, de lutte contre l’extrémisme violent et le terrorisme, notamment à travers la démystification du discours terroriste par la réhabilitation pleine et entière des victimes» – notez que les mots terrorisme islamiste, extrémisme islamiste, radicalisation islamiste, sont absents de la déclaration.

A l’occasion, ils ont exprimé leur «préoccupation face au retour des combattants terroristes étrangers» – et toujours pas de référence aux combattants terroristes islamistes.

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, qui est allé jusqu’à proposer l’ouverture des frontières européennes aux maghrébins pour diminuer « l’écart entre les deux rives », n’a rien présenté comme plan de travail pour diminuer la production et le trafic de drogue de son pays qui nourrissent le terrorisme musulman.

Les représentants du Maroc sous-entendent même qu’ils peuvent couler l’Europe sous le haschich et la cocaïne.

Cette année, la récolte s’annonce particulièrement abondante, grâce au développement d’une nouvelle variété de pavot, qui fleurit plus rapidement.

Une coopération renforcée entre les groupes de Daech et Al-Qaïda au Maghreb islamique

La force du G5 Sahel, récemment mise sur pied par la France, semble amener les différents groupes terroristes activant dans la région à se serrer les coudes et à être plus offensifs.

Une organisation se réclamant du groupe Daech a assuré à ce propos que l’ensemble des djihadistes du Sahel ont décidé de lutter sous la même bannière contre la force conjointe du G5 Sahel.

Le G5 Sahel est constitué du Mali, de la Mauritanie, du Niger, du Tchad et du Burkina Faso, en plus de la France.

Le chef terroriste Adnan Abou Walid Sahraoui, à la tête de l’Etat islamique dans le Grand Sahara (EIGS), a même parlé d’une «union sacrée» avec l’héritier d’Al-Qaïda au Maghreb islamique, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM).

Le nouveau groupe né de cette union a déjà revendiqué une série d’attaques contre la force française Barkhane et l’armée malienne. Au début du mois de décembre dernier, il avait déjà prévenu qu’ils ne resterait pas les bras croisés face à la force du G5 Sahel.

«Nous allons tout faire pour que le G5 Sahel ne s’installe pas dans cette zone», avait déclaré Adnan Abou Walid Sahraoui qui s’est identifié comme, le porte-parole du groupe terroriste.

«Nos frères moudjahidine défendent comme nous l’islam», a-t-il dit, en référence au chef malien du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), principale alliance djihadiste du Sahel liée à Al-Qaïda et formée en 2017.

Le porte-parole de Daech au Sahel a précisé que «pour combattre les mécréants, nous nous donnons la main», ajoutant que son groupe maintenait son allégeance à Daech. «Nous allons continuer à lutter ensemble», a-t-il soutenu.

Ces déclarations sont intervenues à la veille de la réunion à Paris, le 15 janvier 2018, des ministres de la Défense des États membres du G5 Sahel et des pays donateurs, dont l’Arabie saoudite. Elles confirment des informations récentes de sources sécuritaires et militaires occidentales faisant état d’une coopération renforcée sur le terrain entre divers groupes terroristes du Sahel.

Dans son dernier rapport trimestriel sur le Mali, le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait également jugé «extrêmement préoccupante» la situation dans le nord et le centre du pays.

Évoquant dans ce rapport, rendu public le 6 janvier, les responsabilités respectives des groupes de Daech et Al-Qaïda au Maghreb islamique, il a précisé que la «Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) a reçu aussi des informations selon lesquelles les deux groupes agissaient en parallèle et, probablement, en collaboration».

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La Grande Bretagne s’embarque au Nord-Mali contre les groupes terroristes

La Grande-Bretagne a décidé de déployer ses soldats au Sahel. Londres compte, dans un premier temps, procéder au déploiement dans cette zone d’une unité d’élite des forces spéciales composée d’une centaine d’hommes, appuyée par un escadron de trois hélicoptères Chinook. Les hélicoptères serviraient d’appui logistique aux troupes françaises dans le cadre de l’opération que celles-ci mènent au Nord-Mali contre les groupes terroristes musulmans.

Selon la Première ministre britannique, Theresa May, qui en a fait l’annonce à l’occasion du sommet franco-britannique qui a eu lieu le 18 janvier 2018 à l’académie militaire de Sandhurst pour annoncer une nouvelle ère de coopération transmanche sur le plan sécuritaire, il s’agit d’une «opération de soutien aux forces françaises impliquées depuis plusieurs années dans une guerre contre les groupes terroristes opérant dans de vastes zones transformées en zone de non-droit où règne le trafic, la terreur et le crime organisé».

Les troupes britanniques se positionneront dans la zone de la triple frontière du Mali, du Niger et du Burkina Faso, une zone transformée par les factions djihadistes en véritable plaque tournante du terrorisme et un fief des différents mouvements extrémistes.

Londres compte aussi revoir à la hausse son aide à l’Afrique. Madame May a, en effet, annoncé que son gouvernement débloquerait une enveloppe supplémentaire de 56 millions d’euros au profit des pays de l’Afrique de l’Ouest touchés par les épidémies, les catastrophes naturelles et les conflits armés.

Londres a rappelé, à propos de son engagement militaire, que le Royaume-Uni «a été, depuis plusieurs années, impliqué dans toute sorte d’opérations dans la région, sous l’égide des Nations unies, de l’Union européenne et de l’Union africaine, notamment au Mali».

La Grande-Bretagne a «aussi joué un rôle prépondérant en collaboration avec ses partenaires internationaux pour empêcher les extrémistes d’accaparer de vastes espaces dans la région du Sahel, pour les transformer en base arrière en vue de mener leur attaques terroristes ciblant l’Europe», souligne-t-on à Londres.

C’est dans cette perspective que le gouvernement britannique envisage un redéploiement de ses troupes dans la région du Sahel pour participer à la stratégie globale de lutte contre les factions djihadistes qui constituent une sérieuse menace pour la sécurité et la stabilité des pays voisins et bien au-delà.

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Déploiement des forces militaires italiennes au Niger et en Libye

Le Parlement italien a ratifié, le 17 janvier 2018, un projet de loi permettant l’envoi de 470 militaires au Niger et l’acheminement de nouveaux contingents en Libye, de sorte à porter à 400 le nombre de soldats déjà déployés dans ce pays déchiré par les conflits.

Le gouvernement libyen d’entente nationale, dont le siège est à Tobrouk, a déjà donné son aval pour l’envoi d’un contingent militaire italien sur le sol libyen.

Ghassan Salamé, l’émissaire spécial de l’ONU pour la Libye auprès du Conseil de sécurité, a jugé tendue la situation dans l’Est libyen alors que les miliciens islamistes continuent de déstabiliser la capitale Tripoli.

SOURCE : Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Ftouh Souhail pour Dreuz.info.

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