Mort de Jacques Chirac : l'homme d'Etat que la France a perdu

Mort de Jacques Chirac : l'homme d'Etat que la France a perdu
Source: Reuters
Jacques Chirac lors d'un discours politique à proximité de Clermont-Ferrand en 2006.

L'ancien président Jacques Chirac est décédé ce 26 septembre, à l'âge de 86 ans. Parcours politique, vie privée, relations internationales, retour sur l'homme qui a marqué la France et les Français.

Des jeunes qui se baladent dans les rues de Paris, un t-shirt à l’effigie de Jacques Chirac, clope au bec, sur le dos. L'unique président français de la Ve République qui peut se targuer d'un tel honneur. C’est l’image qu’une jeunesse qui n’a, pour sa majorité, que peu connu la France chiraquienne, lui a donné. Jacques Chirac c’est le premier maire de Paris depuis Jules Ferry. C’est l’homme du terroir, l’ami des paysans. Ce sont des relations tumultueuses avec les Etats-Unis. C'est aussi sa rivalité avec Nicolas Sarkozy et les affaires. Retour sur l'homme d'Etat qui a marqué l'histoire de la France. 

Mort de Jacques Chirac : l'homme d'Etat que la France a perdu
© Capture d'écran du site : www.la-femme-qui-marche.fr
Le nouveau t-shirt "swag" de la jeunesse française.

Une ascension au milieu du gaullisme

Jacques Chirac voit le jour le 29 novembre 1932 dans la ville qu’il marquera de son empreinte, Paris. Fils d’un homme d’affaires, petit-fils de franc-maçon, le futur président vient d’une famille originaire de Corrèze. Il suit un parcours plutôt classique pour qui a des ambitions politiques. Lycée Carnot puis Louis le Grand et enfin Science-Po. Bien éloigné des positions gaullistes qui deviendront les siennes, il est proche du Parti communiste et vend le journal L’Humanité. C’est à cette époque qu’il rencontre Bernadette. Celle qui est née Chodron de Courcel est issue d’une grande famille française qui aura donné plusieurs militaires, diplomates et industriels de renom.

Mort de Jacques Chirac : l'homme d'Etat que la France a perdu
© Capture d'écran du site : www.leparisien.fr
Jacques Chirac lors de son mariage avec celle qui deviendra indissociable de son parcours politique.

Jacques Chirac termine ses études en passant par l’ENA. Il commence son service militaire en 1956 avant de s’engager en Algérie durant la guerre. Il en revient lieutenant. C’est à cette époque qu’il se rapproche du gaullisme, alors que le général s’apprête à prendre la tête du pays. Après une brève carrière de haut fonctionnaire, le jeune Jacques gagne sa première élection. Il siège au conseil municipal de Sainte-Féréole, sur ses terres, en Corrèze.

Mort de Jacques Chirac : l'homme d'Etat que la France a perdu
© Capture d'écran du site : www.jacqueschirac-asso.fr
Jacques Chirac durant la guerre d'Algérie.

Suit une ascension fulgurante dans les arcanes du pouvoir. En 1967, il est le plus jeune ministre du gouvernement sous la présidence de De Gaulle, occupant le poste de secrétaire d’Etat à l’Emploi. Il n’a que trente-quatre ans. Il occupe plusieurs portefeuilles ministériels (Agriculture, Intérieur, Budget) jusqu’à devenir le Premier ministre du nouveau président, Valéry Giscard d’Estaing. Il reste locataire de Matignon de 1974 à 1976 avant de démissionner. Cette période est marquée par la rivalité qui l’oppose au président et les difficultés qu’il éprouve au sein de son propre camp. Certains contestant sa légitimité et lui reprochant sa trop grande proximité avec l’Elysée à l’heure où une majorité de gaullistes s’opposent aux réformes sociétales entreprises par Giscard d’Estaing (avortement, majorité à 18 ans, divorce).

En route pour le pouvoir

En 1976, Jacques Chirac décide de faire table rase du passé et de se doter de son propre appareil politique de combat. Il crée le Rassemblement pour la République, (RPR) qui deviendra le principal parti de droite jusqu’à sa dissolution en 2002 et son remplacement par l’UMP. Ne se gênant pas pour critiquer le pouvoir en place, il se présente, en 1977, afin de ravir le fauteuil de maire de Paris. C’est en 1975 que le Parlement a voté le changement de statut de la ville. Privé de maire depuis plus d’un siècle et gérée par l’Etat, la capitale retrouvera un édile. Pour l’anecdote, Jacques Chirac s’était opposé à cette décision…

Il remporte une bataille acharnée pour le contrôle de la Ville Lumière et inflige un camouflet au président Giscard d’Estaing et à son candidat Michel d’Ornano.

Mort de Jacques Chirac : l'homme d'Etat que la France a perdu© Capture d'écran du site : www.purepeople.com
Jacques Chirac, tout juste élu maire de Paris en 1977.

Durant ses dix-huit ans dans le fauteuil de maire, Jacques Chirac transforme Paris. Il fait construire de nouvelles voies de circulation, lance une vaste opération propreté (les motocrottes, c’est lui), réindustrialise des quartiers de la ville et fait sortir de terre crèches, bibliothèques, écoles et espaces verts. Ses adversaires socialistes l’accuseront «d'embourgeoiser» la ville et de ne rien faire pour lutter contre la hausse des loyers et le manque de logements sociaux.

Maintenant qu’il possède son propre parti et dirige la capitale, il peut entrevoir un retour au plus haut plan politique. Après un premier échec dans la course à l’Elysée en 1981, il remporte un grand succès aux législatives de mars 1986. François Mitterrand est obligé de céder à la cohabitation et nomme Jacques Chirac Premier ministre. Cette période lui sert à remodeler son RPR et à s’afficher à de nombreuses reprises dans les médias. Il prépare le terrain pour la présidentielle de 1988. Jacques Chirac tente de donner l’impression aux Français d’être le véritable patron du pays. Cependant, le président socialiste est un adversaire de taille. Le locataire de l’Elysée n’hésite pas à critiquer ouvertement son chef du gouvernement et prend une posture dominante. De par sa communication, il se place en premier personnage de l’Etat, gérant les Affaires étrangères et les questions militaires. Il se veut une figure trônant au dessus de son Premier ministre. Cette situation trouve son paroxysme lors du célèbre débat entre les deux candidats à la présidentielle. Chirac perd à nouveau les élections et devra attendre sept ans de plus.

Le sacre

En 1995, Edouard Balladur est le favori des sondages. Il est soutenu par des membres éminents du RPR tels que Nicolas Sarkozy. Ce que Chirac considérera comme une trahison et ne pardonnera jamais au futur président. Pourtant, à la faveur d’une campagne rondement menée, le Corrézien remporte l’élection. Son règne est marqué par plusieurs crises. Dès 1995, il doit affronter les grèves les plus importantes qu’aient connu le pays depuis mai 68. Le «plan Juppé», série de mesures d’austérité, lance des millions de Français dans les rues.

Auteur: Ina Politique

 

En 1997, il commet ce que certains ont qualifié de bourde. La même année où il suspend le service militaire obligatoire, Jacques Chirac prend la décision de dissoudre l’Assemblée nationale. Amenant ainsi une majorité de gauche dans la chambre basse du Parlement. Il fait de Lionel Jospin son Premier ministre. C’est à son initiative que les grandes décisions de l’époque seront prises. La plus célèbre étant l’instauration des 35 heures. N’ayant plus les moyens de gouverner, le président reste en retrait. Ce qui ne l’empêchera pas d’être réélu en 2002 à la faveur d’un second tour ayant marqué les esprits. Alors que Lionel Jospin fait figure d’opposant naturel, c’est Jean-Marie Le Pen qui accède au duel final. Une forte mobilisation anti-Front national plus tard, Jacques Chirac peut sereinement rempiler pour un dernier mandat.

Auteur: DadGeeK - le débrief de l'actu

 

La guerre en Irak

La relation de Jacques Chirac avec les Etats-Unis est faite de contraste. Dès sa jeunesse, il connaît son premier accroc avec Washington. Alors qu’il est un jeune étudiant proche du Parti communiste, il est interrogé à la suite de sa première demande de visa pour les Etats-Unis. Mais Chirac, c’est également celui qui entame les négociations qui aboutiront à la réintégration de la France au sein du commandement de l’OTAN en 2007, environ 40 ans après que Charles De Gaulle l’en ait retiré.

Mais s’il ne fallait retenir qu’un événement qui caractérise la nature de son rapport aux Etats-Unis, c’est son refus d’engager la France en Irak. En 2003, alors que George W. Bush décide d’envahir l’Irak et demande le soutien de ses alliés, Jacques Chirac prend position contre l’intervention et s’oppose à l’implication de la France dans ce conflit. Dominique de Villepin, son ministre des Affaires étrangères de l’époque, fait un discours devant le Conseil de sécurité de l’ONU qui rentrera dans les annales. Il y exprime les réticences de la France devant la décision américaine et se fera applaudir par son auditoire.

Auteur: L'Avenir en Face

 

La rivalité avec Sarkozy, les affaires et la fin

Le deuxième mandat de Jacques Chirac est surtout marquée par les problèmes judiciaires impliquant le président. Mis à jour au cours de son premier exercice, l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris est la plus célèbre. Du temps où le Corrézien était maire, les salaires d’employés du RPR auraient été payés par des sociétés privées et la mairie de Paris. Alain Juppé, en tant qu’ancien secrétaire général du RPR, sera condamné en 2004 à 14 mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité. Ce qui conduira certains à déclarer que Juppé s’est sacrifié pour Chirac.

S’impliquant personnellement en faveur du «oui» au traité constitutionnel européen, il vit le référendum de 2005 comme un camouflet. Cette même année, les banlieues s’embrasent. A la suite de la mort de deux jeunes garçons habitants de Clichy-sous-Bois, la France vit plusieurs jours de violentes émeutes dans les cités à travers le pays. L’occasion est trop belle pour le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy. Il trouve dans l’événement le terrain propice pour poser les bases qui le mèneront tout droit à l’Elysée deux ans plus tard.

Auteur: Ina Société

A la suite de cet événement, l’ancien soutien d’Edouard Balladur ne cessera de prendre de plus en plus de place dans la sphère médiatique et sa rivalité avec le président fait les choux gras de la presse. Ne pouvant se représenter pour un troisième mandat, Jacques Chirac soutient officiellement Nicolas Sarkozy pour la présidentielle de 2007.

Depuis son retrait de la vie politique, l’homme s’était fait discret. Impliqué dans les projets de sa Fondation Chirac, lancée en 2008 et portée sur la sauvegarde des spécificités culturelles, il faisait surtout l’actualité pour ses récurrents problèmes de santé. Son dernier coup d’éclat remontait à 2011 lorsqu’en pleine campagne présidentielle, il lançait : 

«Je peux dire que je voterai François Hollande !» 

Humour ou sincérité ? On ne le saura jamais.

 

Raconter l'actualité

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Le monde rend hommage à l'ancien président Jacques Chirac

Le monde rend hommage à l'ancien président Jacques Chirac
© Patrick Kovarik Source: AFP
L'ancien président de la République, Jacques Chirac, le 15 février 2017 à Cannes (image d'illustration).

Le décès, ce 26 septembre, de Jacques Chirac a suscité nombre de réaction en hommage à celui qui aura dirigé la France pendant 12 ans, de 1995 à 2007.

Mise à jour automatique
  • Jeudi 26 septembre
    13h53 CET

     

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  • 13h52 CET

    Pour Valérie Boyer, députée LR des Bouches-du-Rhône et Secrétaire générale adjointe du parti de droite, «une page de la cinquième République se tourne» avec la disparition de Jacques Chirac. 

    Antoine B@AntoineLaBoite

    Après l'annonce du décès de J.Chirac @valerieboyer13 estime que c'est une page de la Ve république qui se tourne

    Vidéo intégrée
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    Le «non» de Chirac, refusant d'entraîner la France dans la guerre en Irak de 2003 était pour la députée «un acte visionnaire et nécessaire» qui «malheureusement n'a pas été suivi».

  • 13h45 CET

    Jean-Pierre Raffarin, qui fut le Premier ministre de Jacques Chirac de 2002 à 2005, a salué sur RTL «l'obsession de la cohésion sociale» de l'ancien président.

    RTL France
    @RTLFrance

    Mort de Chirac : "J'ai eu avec lui une relation de confiance", confie Raffarin sur RTL http://bit.ly/2liV6mq 

    Mort de Chirac : "J'ai eu avec lui une relation de confiance", confie Raffarin

    L'ancien Premier ministre de Jacques Chirac est revenu sur les relations qu'il entretenait avec le président décédé jeudi 26 septembre.

    rtl.fr
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    «Je suis très peiné. J’avais construit avec lui trois ans durant à Matignon une relation de confiance [...] Le meilleur moment c’était le mercredi matin lorsque l’on faisait le point tous les deux des sujets difficiles. Il aidait son premier ministre, c’étaient des relations de partage institutionnel, avec confiance», a-t-il commenté. 

  • 13h41 CET

    L'ancien président du Front national Jean-Marie Le Pen a rendu hommage à Jacques Chirac à sa manière : «Mort, même l'ennemi a droit au respect.»

     

  • 13h40 CET

    L'ancien président de la République (1974-1981) Valéry Giscard d'Estaing a exprimé son «émotion» après le décès de Jacques Chirac qui avait été son Premier ministre de 1974 à 1976, avant de s'affirmer comme son grand rival à droite.

    «J’ai appris avec beaucoup d’émotion la nouvelle de la disparition de l’ancien président de la République Jacques Chirac. J’adresse à son épouse et à ses proches un message de profondes condoléances», a écrit l'ancien chef de l'Etat dans un court message.

  • 13h34 CET

    Le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas a également rendu hommage à l'ancien président français, par un message sur Twitter. «Nous perdons un grand homme d'Etat et Européen», a-t-il notamment déclaré. 

    Heiko Maas 🇪🇺
    @HeikoMaas

    Mit unseren französischen FreundInnen trauern wir um Jacques Chirac. Wir verlieren einen großen Staatsmann und Europäer. Sein Nein zum Irakkrieg und seine konsequente Aufarbeitung der Naziverbrechen auch durch frz. Kollaborateure und die Vichy-Regierung ehren sein Andenken.

    24 personnes parlent à ce sujet
  • 13h28 CET

    Jacques Chirac était «un très grand homme pour la France» avec «un grand coeur», a salué auprès de l'AFP la fille adoptive de Jacques Chirac Anh Dao Traxel.

    Adoptée par le couple Chirac en 1979, à l'âge de 21 ans, alors qu'elle avait fui le Viêt Nam, Anh Dao Traxel a aussi loué «un grand homme qui [l]'a protégée». 

    «Il m'a tout donné dans ma vie, m'a permis d'avoir une deuxième chance», a-t-elle insisté, très émue.

    Sans contact avec la famille Chirac depuis quelques années, elle a dit espérer «pouvoir être présente de près ou de loin à l'enterrement».

  • 13h26 CET

    «C'est une part de ma vie qui disparaît aujourd'hui», a déclaré l'ancien président de la République Nicolas Sarkozy qui avait succédé à Jacques Chirac en 2007.

    «Il a incarné une France fidèle à ses valeurs universelles et à son rôle historique» et «il n'a jamais rien cédé sur notre indépendance, en même temps que sur son profond engagement européen», a-t-il déclaré dans un communiqué, en saluant «la stature imposante et la voix si particulière de Jacques Chirac» qui «ont accompagné la vie politique française pendant un demi-siècle».

  • 13h21 CET

    Réagissant à la disparition de l'ancien président, Lionel Jospin a déclaré avoir eu le «privilège de gouverner la France sous sa présidence», rapporte l'AFP. Il reconnaît avoir, «au cours d'une période politiquement complexe dite de cohabitation», conduit «une politique intérieure différente de celle» qu'aurait choisie Jacques Chirac. Mais, a-t-il ajouté, «en politique étrangère, nous avons veillé tous deux à ce que notre pays parle d'une seule voix et soit respecté sur la scène internationale».

    Issu du Parti socialiste (PS), Lionel Jospin avait en effet été le Premier ministre de Jacques Chirac pendant la période de cohabitation entre 1997 et 2002.

     

  • 13h17 CET

    Le Premier ministre libanais Saad Hariri a qualifié Jacques Chirac de l'un des «plus grands hommes» de la France. L'ancien président défunt entretenait des liens très étroits avec Rafik Hariri, le père de Saad Hariri, et ancien Premier ministre libanais (2000-2004), assassiné en 2005.

  • 13h13 CET

    Le président du Conseil constitutionnel Laurent Fabius salue en Jacques Chirac celui qui n'a «cessé d'être épris de la République et de la servir».

    Laurent Fabius, ponte du Parti socialiste (PS) avait été ministre de l'Economie et des Finances de 2000 à 2002 sous la présidence de Jacques Chirac lors de la cohabitation, tandis que Lionel Jospin était Premier ministre.

  • 13h12 CET

    Edouard Balladur a appris «avec émotion» le décès de son ancien rival politique Jacques Chirac «après tant d'années de souffrance», a annoncé son entourage à l'AFP.

    L'ancien Premier ministre (1993-1995), gaulliste comme Jacques Chirac, avait été son rival malheureux à la présidentielle de 1995, après avoir été longtemps proche de lui au sein du RPR.

  • 13h06 CET

    Pour le président du Sénat Gérard Larcher, Jacques Chirac a «incarné l’âme de la France qu’il a sans cesse arpentés à commencer par cette terre de Corrèze dont il a été député». 

  • 13h02 CET

    Le chef de file des députés les Républicains (LR) Christian Jacob a affirmé que la famille gaulliste perdait «un de ses inspirateurs».

    Christian JACOB
    @ChJacob77

    Jacques Chirac nous quitte. La France et les Français ont perdu leur Président. La famille gaulliste perd un de ses plus grands inspirateurs. Ma peine immense est à la hauteur du respect, de l'admiration et de l'affection que je lui portais.

    189 personnes parlent à ce sujet

    «J'avais pour lui à la fois un immense respect, une très grande admiration et une immense affection», a notamment assuré Christian Jacob dans une déclaration pleine de solennité devant la presse.

    Antoine B@AntoineLaBoite

    "La France perd son président", Christian Jacob réagit à la mort de Jacques Chirac.

    Vidéo intégrée
    Voir les autres Tweets de Antoine B
  • 13h01 CET

    L'ancien président François Hollande a rendu hommage dans un communiqué à son prédécesseur : «Jacques Chirac avait su établir un lien personnel avec les Français». Et d'ajouter : «Il aimait les gens, qui lui rendaient en affection ce qu’il leur avait offert en sympathie».

     

  • 12h57 CET

    «Paris est en deuil», a déclaré la maire de la capitale Anne Hidalgo qui s'est dite «profondément émue et attristée» par la disparition de l'ancien chef d'état. Pour rappel, Jacques Chirac a été maire de Paris durant 18 ans, entre 1977 et 1995.

    Anne Hidalgo
    @Anne_Hidalgo

    Aujourd’hui Paris est en deuil. Je suis profondément émue et attristée d’apprendre que le Président Chirac nous a quittés. Homme d’Etat hors norme, immense figure humaniste, il a marqué l’histoire de notre pays.

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    161 personnes parlent à ce sujet
  • 12h54 CET

    François Bayrou, président du MoDem et ancien ministre de Jacques Chirac, a salué l'«attachement à l'unité des Français et aux valeurs républicaines» qui animait l'ancien chef de l'Etat, en ajoutant qu'il lui en était «reconnaissant».

    «Il a été pour la société française, comme président de la République, un repère. Au fond, il a toujours refusé les affrontements trop violents. Il attachait une grande importance à ne rien faire d'irréversible entre les Français», a déclaré François Bayrou à l'AFP.

  • 12h50 CET

    Marine Le Pen a salué la mémoire de Jacques Chirac qui a été  «capable de s'opposer à la folie de la guerre en Irak», ce qui constitue, pour la présidente du Rassemblement national, «l’un des derniers actes de souveraineté d’un chef d’Etat français».

    Marine Le Pen
    @MLP_officiel

    Malgré toutes les divergences que l’on pouvait avoir avec Jacques Chirac, il aura été un grand amoureux de l’Outre-mer et le Président capable de s’opposer à la folie de la guerre en Irak, renouant avec la traditionnelle position d’équilibre et de diplomatie de la France. MLP

    635 personnes parlent à ce sujet

    «Bien qu’ayant été un adversaire politique du Front national pendant des décennies, nous nous souviendrons de son refus de participer à la seconde guerre d’Irak en 2003, qui fut l’un des derniers actes de souveraineté d’un chef d’Etat français», a déclaré Marine Le Pen dans un communiqué.

Après la mort, ce 26 septembre, à l'âge de 86 ans, de l'ancien président de la République Jacques Chirac, le monde a réagi saluant la mémoire de l'homme politique.

En pleine séance publique, les députés de l'Assemblée nationale ont observé une minute de silence en hommage à la mémoire de l'ancien maire de Paris.

Assemblée nationale
@AssembleeNat

Richard Ferrand a annoncé, en séance publique, le décès de Jacques Chirac.
Les députés ont respecté une minute de silence en hommage à sa mémoire.

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369 personnes parlent à ce sujet

Richard Ferrand le président de l'Assemblée nationale a salué un «inlassable républicain, visionnaire, attentif aux grands débats de son temps».

Richard Ferrand
@RichardFerrand

Jacques Chirac fait désormais partie de l’Histoire de France. Le peuple français perd un inlassable républicain, visionnaire, attentif aux grands débats de son temps.
Je ne peux oublier son ultime message adressé aux Français : ne jamais composer avec l'extrémisme ou le racisme.

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185 personnes parlent à ce sujet

Lydia Guirous, porte-parole des Républicains, a fait part de sa «profonde tristesse», ajoutant que la République était «en deuil». «Nous perdons un grand homme. Je garde en mémoire son engagement pour la laïcité, l'environnement et sa volonté de préserver la paix dans le monde. Soyons à la hauteur», a-t-elle ajouté.

Lydia Guirous
@LydiaGuirous

Profonde tristesse en apprenant la mort de Jacques Chirac. La République est en deuil. Nous perdons un grand homme. Je garde en mémoire son engagement pour la laïcité,de l'environnement et sa volonté de préserver la paix dans le monde. Soyons à la hauteur. Pensées pour sa famille

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107 personnes parlent à ce sujet

«Il fut un temps où la droite combattait l’extrême droite et où l’idée d’arc républicain ne lui était pas étrangère. Elle avait une incarnation : Jacques Chirac. Il est mort aujourd’hui. Pensées à ses proches et hommage à son intransigeance face aux adversaires de la République.», a déclaré le député européen Raphaël Glucksmann.

Raphael Glucksmann
@rglucks1

Il fut un temps où la droite combattait l’extrême-droite et où l’idée d’arc républicain ne lui était pas étrangère. Elle avait une incarnation: Jacques Chirac. Il est mort aujourd’hui. Pensées à ses proches et hommage à son intransigeance face aux adversaires de la république.

274 personnes parlent à ce sujet

Pour le député européen et Secrétaire national d'Europe Ecologie les Verts, David Cormand, Jacques Chirac était «celui qui aura toujours refusé que la droite consente des arrangements avec l’extreme-droite. Dernier Gaulliste, il savait qu’on ne transige pas avec la bête immonde.»

David Cormand🌻
@DavidCormand

Nous apprenons la mort de Jacques Chirac. Mes pensées et mes condoléances à ses proches. Je retiens qu’il est celui qui aura toujours refusé que la Droite consente des arrangements avec l’extreme-Droite. Dernier Gaulliste, il savait qu’on ne transige pas avec la bête immonde.

72 personnes parlent à ce sujet

Isabelle Balkany a elle salué «un homme tellement attachant, chaleureux, plein d’humour, bienveillant, généreux».

Isabelle Balkany ♦️
@ibalkany

Un pan de vie, un homme tellement attachant, chaleureux, plein d’humour, bienveillant, généreux... Tant de souvenirs s’effacent... Au revoir, Monsieur le Président !

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139 personnes parlent à ce sujet

Le président des Patriotes, Florian Philippot, a rendu «hommage [à] celui qui fut peut-être le dernier vrai président de la République et à l’homme du courageux Non français à la guerre en Irak».

Florian Philippot
@f_philippot

Jacques Chirac est mort.
Hommage celui qui fut peut-être le dernier vrai président de la République et à l’homme du courageux Non français à la guerre en Irak.

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141 personnes parlent à ce sujet

Jean-Luc Mélenchon, le leader de La France insoumise, a reconnu un leader qui «aimait la France mieux que d'autres depuis», ajoutant lui être «reconnaissant».

Jean-Luc Mélenchon
@JLMelenchon

Décès de Jacques Chirac :

L'Histoire de France tourne une page. Recevons la tristesse car elle a ses raisons. Il aimait la France mieux que d'autres depuis. Et pour cette part là, nous lui sommes reconnaissants.

1 356 personnes parlent à ce sujet

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, s'est dit «bouleversé et dévasté» par la mort de Jacques Chirac. L'industriel François Pinault a lui fait part de son «infinie tristesse».

Le journaliste Georges Malbrunot a lui aussi salué la mémoire de l'ancien Premier ministre. «Hommage et respect à Jacques Chirac qui vient de mourir. Il restera dans l'histoire comme celui, clairvoyant, qui a su dire non à la folle aventure américaine en Irak en 2003. A titre personnel, je lui dois probablement la vie. J.Chirac connaissait le Moyen-Orient», a affirmé celui qui avait été fait enlevé en Irak en août 2004. Il avait été libéré après 124 jours de détention.

Georges Malbrunot
@Malbrunot

Hommage et respect à Jacques Chirac qui vient de mourir. Il restera dans l'histoire comme celui, clairvoyant, qui a su dire non à la folle aventure américaine en Irak en 2003. A titre personnel, je lui dois probablement la vie. J. Chirac connaissait le Moyen-Orient.

Voir l'image sur Twitter
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L'ancien président Jacques Chirac est mort ce matin 

L'ancien président Jacques Chirac est mort (EN CONTINU)© Patrick Kovarik Source: AFP
Jacques Chirac, le 10 mai 2006 à Paris (image d'illustration)

L'ancien président de la République Jacques Chirac est mort ce 26 septembre au matin à l'âge de 86 ans, a annoncé son gendre Frédéric Salat-Baroux à l'AFP. Il avait également été Premier ministre, ministre et maire de Paris.

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  • Jeudi 26 septembre
    12h51 CET

    Emmanuel Macron annule sa visite à Rodez pour le débat sur les retraites et annonce qu'il prononcera une allocution télévisée à 20h en hommage à Jacques Chirac. 

Président de la République de 1995 à 2007, Jacques Chirac est décédé ce 26 septembre à l'âge de 86 ans, a annoncé sa famille. «Le président Jacques Chirac s'est éteint ce matin au milieu des siens. Paisiblement», a déclaré son gendre, l'époux de sa fille Claude Chirac.

A l'annonce de son décès, l'Assemblée nationale et le Sénat ont  immédiatement observé une minute de silence.

C'est là la disparition d'une personnalité politique majeure en France. Outre le fait qu'il a présidé le pays durant un septennat (1995-2002) puis un quinquennat (2002-2007), Jacques Chirac avait également été deux fois Premier ministre (1974-1976 puis 1986-1988), ministre à plusieurs postes et maire de Paris durant 18 ans (1977-1995).

Jacques Chirac restera dans l'histoire comme celui qui avait dit «non» à la deuxième guerre d'Irak en 2003. Il est aussi l'homme de la fin de la conscription militaire, la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat français dans les crimes nazis, le passage au quinquennat, le cri d'alarme («notre maison brûle») face à la dégradation de l'environnement, et d'une première victoire importante sur la mortalité routière.

En 1976, Jacques Chirac crée le Rassemblement pour la République (RPR) qui deviendra le principal parti de droite jusqu’à sa dissolution en 2002 et son remplacement par l’UMP.  En 2015, le parti change encore de nom pour se doter de celui qu'il porte actuellement : Les Républicains (LR).

La famille gaulliste perd un de ses inspirateurs

A l'annonce du décès de l'ancien président, Christian Jacob, président du groupe LR à l'Assemblée nationale a déclaré ce 26 septembre : «La famille gaulliste perd un de ses inspirateurs.»

Premier président condamné par la justice

Mais sa route n'a pas seulement été couronnée de gloire et d'honneurs. Le nom de Jacques Chirac a été mêlé à plusieurs affaires judiciaires. Il a été le premier président français à être condamné par la justice, en 2011, dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris.

Il a écopé, à cette occasion, de deux ans d'emprisonnement avec sursis pour détournement de fonds publics, abus de confiance et prise illégale d'intérêt et n'a pas fait appel.

Le nom de Jacques Chirac est par ailleurs apparu dans les années 90 dans plusieurs enquêtes, sans conséquence pour lui, comme celle des marchés publics des lycées d'Ile-de-France, des HLM de la Ville de Paris ou encore des faux-électeurs des IIIe et Ve arrondissements de Paris.

Les nouvelles sur son état de santé se faisaient rares ces dernières années. Un accident vasculaire cérébral en 2005 l'avait considérablement affaibli. De rares échos faisaient état de «pertes de mémoire», d'«absences» et de surdité.

 

BIOGRAPHIE de 

 

 

Jacques Chirac

SOURCE : WIKIPEDIA 

 

Jacques Chirac
Illustration. 
Jacques Chirac en 2006.
Fonctions
Membre du Conseil constitutionnel
(ne siège plus à partir du 6 mars 2011)
16 mai 2007 – 26 septembre 2019
(12 ans, 4 mois et 10 jours)
Président Jean-Louis Debré
Laurent Fabius
Président de la République française
17 mai 1995 – 16 mai 2007
(11 ans, 11 mois et 29 jours)
Élection 7 mai 1995
Réélection 5 mai 2002
Premier ministre Alain Juppé
Lionel Jospin
Jean-Pierre Raffarin
Dominique de Villepin
Prédécesseur François Mitterrand
Successeur Nicolas Sarkozy
Premier ministre
20 mars 1986 – 10 mai 1988
(2 ans, 1 mois et 20 jours)
Président François Mitterrand
Gouvernement Chirac II
Législature VIIIe (Cinquième République)
Coalition RPR - UDF
Prédécesseur Laurent Fabius
Successeur Michel Rocard
27 mai 1974 – 25 août 1976
(2 ans, 2 mois et 29 jours)
Président Valéry Giscard d'Estaing
Gouvernement Chirac I
Législature Ve (Cinquième République)
Coalition UDR - RI - RDS - UC
Prédécesseur Pierre Messmer
Successeur Raymond Barre
Député européen
17 juillet 1979 – 28 avril 1980
(9 mois et 11 jours)
Élection 10 juin 1979
Législature 1re
Groupe politique DPE
Successeur Gérard Israël
Maire de Paris
25 mars 1977 – 16 mai 1995
(18 ans, 1 mois et 21 jours)
Élection 25 mars 1977
Réélection 13 mars 1983
19 mars 1989
Prédécesseur Bernard Lafay (président du conseil municipal de Paris)
Successeur Jean Tiberi
Président du 
Rassemblement pour la République
5 décembre 1976 – 4 novembre 1994
(17 ans, 10 mois et 30 jours)
Prédécesseur Création du parti
Successeur Alain Juppé
Ministre de l'Intérieur
27 février 1974 – 27 mai 1974
(3 mois)
Président Georges Pompidou
Alain Poher (intérim)
Gouvernement Pierre Messmer III
Prédécesseur Raymond Marcellin
Successeur Michel Poniatowski
Ministre de l'Agriculture
et du Développement rural
6 juillet 1972 – 27 février 1974
(1 an, 7 mois et 21 jours)
Président Georges Pompidou
Gouvernement Pierre Messmer I et II
Prédécesseur Jacques Duhamel
Successeur Raymond Marcellin
Ministre délégué aux
Relations avec le Parlement
7 janvier 1971 – 5 juillet 1972
(1 an, 5 mois et 28 jours)
Président Georges Pompidou
Gouvernement Jacques Chaban-Delmas
Prédécesseur Roger Frey
Successeur Robert Boulin
Président du conseil général de la Corrèze
20 mars 1970 – 30 mars 1979
(9 ans et 10 jours)
Prédécesseur Élie Rouby
Successeur Georges Debat
Secrétaire d'État à l'Économie et aux Finances
31 mai 1968 – 7 janvier 1971
(2 ans, 7 mois et 7 jours)
Président Charles de Gaulle
Alain Poher (intérim)
Georges Pompidou
Gouvernement Georges Pompidou IV
Couve de Murville
Chaban-Delmas
Prédécesseur Robert Boulin
Successeur Jean Taittinger
Secrétaire d'État aux Problèmes de l'Emploi
6 avril 1967 – 31 mai 1968
(1 an, 1 mois et 25 jours)
Président Charles de Gaulle
Gouvernement Georges Pompidou IV
Prédécesseur Fonction créée
Successeur Yvon Morandat
Député
23 juin 1988 – 16 mai 1995
(6 ans, 10 mois et 23 jours)
Circonscription 3e de la Corrèze
Prédécesseur Jean-Pierre Bechter
Successeur Jean-Pierre Dupont
15 novembre 1976 – 2 avril 1986
(9 ans, 4 mois et 18 jours)
Prédécesseur Henri Belcour
Successeur Jean-Pierre Bechter
2 avril 1973 – 6 mai 1973
(1 mois et 4 jours)
Prédécesseur Henri Belcour
Successeur Henri Belcour
11 juillet 1968 – 12 août 1968
(1 mois et 1 jour)
Prédécesseur Henri Belcour
Successeur Henri Belcour
3 avril 1967 – 7 juillet 1967
(3 mois et 4 jours)
Prédécesseur François Var
Successeur Henri Belcour
Biographie
Nom de naissance Jacques René Chirac
Date de naissance 29 novembre 1932
Lieu de naissance Paris 5e (France)
Date de décès 26 septembre 2019 (à 86 ans)
Lieu de décès Paris 6e (France)
Nationalité Française
Parti politique UDR (1971-1976)
RPR (1976-2002)
UMP (2002-2007)
Conjoint Bernadette Chodron de Courcel
Enfants Deux, dont Claude Chirac
Diplômé de IEP de Paris (1954)
ENA (1959)
Profession Haut fonctionnaire
Religion Catholicisme

Signature de Jacques Chirac

Jacques Chirac Jacques Chirac
Maires de Paris
Premier ministre français
Président de la République française

Jacques Chirac [ ʒɑk ʃiʁak]a Écouter, né le 29 novembre 1932 à Paris (Ve) et mort le 26 septembre 2019 à Paris(VIe), est un haut fonctionnaire et homme d'État français. Il est président de la République française du 17 mai 1995au 16 mai 2007.

À l'origine de la fondation de deux partis politiques, le Rassemblement pour la République (RPR) en 1976 et l'Union pour un mouvement populaire (UMP) en 2002, il occupe à plusieurs reprises les fonctions de député pour la Corrèzeet de maire de Paris entre 1977 et 1995.

Secrétaire d'État dès 1967, il se voit nommé Premier ministre par Valéry Giscard d'Estaing en 1974 ; entretenant de mauvaises relations avec celui-ci, il quitte la tête du gouvernement en 1976. Il est à nouveau Premier ministre sous la présidence de François Mitterrand, de 1986 à 1988, étant ainsi le premier chef du gouvernement d'une cohabitationsous la Ve République et, par la même occasion, la seule personnalité politique sous ce même régime ayant assumé par deux fois la charge de Premier ministre. Il se présente sans succès aux élections présidentielles de 1981 — lors de laquelle il contribue à la défaite de Giscard d'Estaing — et de 1988.

Il remporte l'élection présidentielle de 1995 avec 52,6 % au second tour face au socialiste Lionel Jospin. Le début de son septennat est marqué par une réforme des retraites et de la Sécurité sociale qui est massivement contestée et en partie abandonnée, et par la reconnaissance de la responsabilité de l'État français dans la déportation des Juifs au cours de l'Occupation. À la suite de la dissolution manquée de l'Assemblée nationale en 1997, il est contraint à une cohabitation avec Lionel Jospin. Il doit faire face à des affaires judiciaires dans lesquelles il est directement mis en cause, et se rallie à la proposition — ratifiée par un référendum en 2000 — de ramener la durée du mandat présidentiel à cinq ans.

Lors de l'élection présidentielle de 2002, il est réélu au second tour avec 82,2 % des voix, bénéficiant d'un « front républicain » face au candidat du Front nationalJean-Marie Le Pen. Pendant son second mandat, il prend notamment la tête de l'opposition internationale à la guerre d'Irak lancée par George W. Bush, et s'implique pour le « oui » dans le référendum de 2005 sur la Constitution européenne, qui se solde par la victoire du « non ». À la fin de sa présidence, devenu très impopulaire et affaibli par une succession d'échecs électoraux, il renonce à briguer un troisième mandat.

Retiré de la vie politique, il siège jusqu’en 2011 au Conseil constitutionnel, dont il est membre de droit en tant qu'ancien président de la République. Mis en cause dans plusieurs affaires judiciaires durant sa carrière, il a bénéficié de son immunité présidentielle, mais reste poursuivi dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, dans le cadre de laquelle il est condamné à deux ans d’emprisonnement avec sursis en 2011. Malade, il effectue sa dernière apparition publique en 2014.

Durant son parcours politique, il se montre changeant au niveau idéologique. Engagé à gauche dans sa jeunesse, il est généralement considéré comme gaulliste et classé à droite de l'échiquier politique, bien que des spécialistes le qualifient de radical-socialiste.

Sommaire

Situation personnelle

Patronyme Chirac

Le patronyme Chirac désigne celui « qui est originaire de Chirac », nom de plusieurs localités : la commune de Chirac-Bellevue en Corrèze, l'ancienne commune de Chirac en Lozère (actuelle Bourgs sur Colagne), la commune de Chirac en Charente, ou un hameau de la commune de Chanteuges en Haute-Loire. Le toponyme lui-même est typiquement occitan (qui le prononce [ t͡ʃi.ˈrak]), et représente l'évolution régulière du latin Cariacum, composé de l'anthroponyme gallo-romain Carius et et du suffixe -iacum désignant la propriété, soit ensemble le « domaine de Carius »1.

D'après Jacques Chirac, son nom « a pour origine la langue d'oc, celle des troubadours, donc celle de la poésie ».

Famille

Né à la clinique de la rue Geoffroy-Saint-Hilaire dans le 5e arrondissement de Paris, Jacques René Chirac est le fils « par accidentb » de Marie Louise Valette (1902-1973) et d'Abel François Marie Chirac (1898-1968), médaillé militaire croix de guerre de 14-18, décoré de la Légion d'honneur, employé de banque puis administrateur d'une filiale de la société aéronautique SNCAN. Tous deux proviennent de familles corréziennes « laïques et républicaines ».

Ses deux grands-pères sont des instituteurs devenus directeurs d'école : à Brive-la-Gaillarde pour son grand-père paternel, Louis Chirac, également vénérable de la loge de la Fidélité du Grand Orient2, et à Sainte-Féréole (Corrèze)pour son aïeul maternel.

Jeunesse et formation

1932 – 1951 : jeunesse

Le jeune Jacques est élevé en enfant unique car sa sœur aînée, Jacqueline, est morte en bas âge, en 1924, avant sa naissance. Il commence ses études à l'école communale de Sainte-Féréole en Corrèze de 1940 à 19433 avant de rejoindre l'ingénieur aéronautique Henry Potez sur le domaine du Rayol-Canadel-sur-Mer4 puis de les poursuivre en région parisienne (où son père, après avoir été employé de banque, est nommé directeur à la BNCI en 19365), tout d'abord au lycée Hoche de Versailles pendant un an, puis au cours Hattemer6, au lycée Carnot et enfin au lycée Louis-le-Grand, où il obtient le baccalauréat. Les études n'empêchent pas le jeune Jacques de lire de la littérature de son âge, en particulier le magazine Coq hardi dont il rejoint les amateurs en se faisant « totémiser », à la manière des scouts et comme c'était la pratique dans cette édition, sous le totem de « Bison égocentrique » dans les années 19407.

Après son baccalauréat, obtenu en 1950 en section « mathématiques élémentaires » avec mention « assez bien », il fait une campagne de trois mois comme matelot sur un navire charbonnier, le Capitaine Saint-Martin, contre l'avis de son père et signe l’appel de Stockholm sur la non-prolifération des armes nucléaires8. De retour en France, il fait une année en « hypotaupe » (mathématiques supérieures, première année de classe préparatoire scientifique) au lycée Louis-le-Grand.

1951 – 1956 : études à Sciences Po et vie familiale

Envisageant une carrière administrative, il intègre, en septembre 1951, l'Institut d'études politiques de Paris9. Durant cette période, brièvement, il milite dans la mouvance du Parti communiste avec notamment le futur éditeur Christian Bourgois. Il vend L'Humanité rue de Vaugirard, et participe au moins à une réunion de cellule communiste, comme il l'a raconté10. Ayant signé l'année précédente l'appel de Stockholm, d'inspiration communiste8, il se voit interrogé lorsqu'il demande son premier visa pour les États-Unis ; il est ainsi auditor (étudiant auditeur libre) de la Summer school de Harvard en 1952, et prend dans la foulée une année sabbatique pour parcourir les États-Unis. Il s'y fiance avec une jeune fille de Caroline du Sud11 — Florence Herlihy12 mais les jeunes gens doivent rompre sous la pression de leurs familles respectives13.

De retour en France, ses fiançailles avec Bernadette Chodron de Courcel (née en mai 1933), rencontrée à Sciences Po, sont célébrées dans l'appartement des Chodron de Courcel, boulevard Raspail, le 17 octobre 1953. En 1954, il finit son cursus à l'IEP Paris (section Service Public) en soutenant un mémoire de géographie économique intitulé Le Développement du port de La Nouvelle-Orléans, dirigé par le professeur Jean Chardonnet. Il sort ainsi troisième sur les 139 de sa promotion, avec la mention « bien »14. À l'automne de la même année, il est reçu à l'École nationale d'administration[réf. souhaitée].

Le 16 mars 1956, il épouse Bernadette Chodron de Courcel, malgré les réticences de la famille de celle-ci vis-à-vis d'un jeune homme issu d'un milieu différent. Les Chodron de Courcel refusent un mariage solennel dans la basilique Sainte-Clotilde, habituée des familles de la haute société du faubourg Saint-Germain. La cérémonie a donc lieu dans la chapelle de Jésus-Enfant (no 29 rue Las-Cases), annexe de l'église, réservée alors au catéchisme et aux cérémonies plus intimes, Jacques Chirac étant en uniforme de sous-lieutenant de cavalerie15. Ils ont deux filles : Laurence (1958-2016), médecin, et Claude, née en 1962, conseillère en communication. Les médias rapportent de nombreux cas d’adultère de la part de Jacques Chirac16,17,18, notamment avec Jacqueline Chabridon et Claudia Cardinale19.

1956 – 1957 : service militaire et guerre d'Algérie

Juste après son mariage, de 1956 à 1957, il effectue son service militaire, et il est classé huitième à l'École de la Cavalerie de Saumur20. On lui refuse cependant le grade d'officier (il est affecté tout d'abord comme soldat de deuxième classe dans un régiment en Bretagne) en raison de son passé communisant et il faut l'intervention des relations de la famille Chodron de Courcel (le général Kœnig) pour l'obtenir. Il en sort donc finalement comme sous-lieutenant de cavalerie.

En tant qu'élève de l'ENA, il aurait pu éviter de faire la guerre d'Algérie (pendant 18 mois), mais il se porte volontaire et il est affecté, à partir du 1er avril 1956, au 11epuis 6e régiment de chasseurs d'Afrique21, en poste à Souk-el-Arba dans le département de Tlemcen22. Au cours de son service, il est blessé au visage, puis promu lieutenant au début de l'année 1957. Il est libéré de son service le 3 juin 1957. Partisan de l'Algérie française, Jacques Chirac explique qu'il n'est devenu gaulliste qu'en 1958, et qu'en 1947[réf. nécessaire], il a pris sa carte du Rassemblement du peuple français « sans savoir ce [qu'il] faisait ».

1957 – 1965 : ENA et carrière de haut fonctionnaire

Grâce à son mariage et à son ambition, il change complètement de milieu social. De retour de son service militaire, il reprend ses études à l'ENA dans la promotion Vauban, dont il sort dixième en 1959. Celle-ci étant détachée en Algérie par Charles de Gaulle entre le 17 avril 1959 et avril 1960, il est affecté en tant que « renfort administratif » auprès du directeur général de l'Agriculture en Algérie, Jacques Pélissier.

À son retour en France métropolitaine, Jacques Chirac est nommé auditeur à la Cour des comptes et devient maître de conférences à l'IEP de Paris. En juin 1962, il devient chargé de mission (pour la « construction, les travaux publics, et les transports ») auprès du Secrétariat général du gouvernement, puis au cabinet du Premier ministre, Georges Pompidou, dont il devient rapidement un fidèle partisan et collaborateur. Un an plus tard, il retourne à la Cour des comptes en tant que conseiller référendaire, mais ne tarde pas à s'engager en politique.

Parcours politique

Avant l'Élysée

Débuts

Jacques Chirac dans sa circonscription de la Corrèze.

En 1965, il est élu conseiller municipal de Sainte-Féréole, en Corrèze, berceau des grands-parents maternels de sa mère23.

Un an plus tard, lors des élections législatives de 1967Georges Pompidou l'envoie se présenter dans la circonscription d'Ussel (Corrèze), réputée être un bastion de gauche. Il est alors le fer de lance de l'opération dite des « Jeunes loups », à savoir l'alignement par le Premier ministre et les gaullistes de jeunes candidats prometteurs pour remporter des bastions traditionnels de la gauche dans le centre et l'ouest de la France24. Bénéficiant du soutien de Marcel Dassault, qui est un ami de son père et qui finance pour lui un hebdomadaire UDR ayant son siège à LimogesL'Essor du Limousin25, il l’emporte de justesse au second tour, face à Georges Émon, candidat du Parti communiste français26. Cette victoire est obtenue à l'arraché sur une gauche divisée : en effet, le candidat envoyé par la FGDS pour remplacer Marcel Audy, sénateur et maire et conseiller général de Meymac, un temps pressenti mais convaincu par Jacques Chirac de ne pas se présenter, n'est autre que le propre frère de François MitterrandRobert, lequel fait un score calamiteux ; Jacques Chirac bénéficie de la neutralité bienveillante de la gloire locale, Henri Queuille, et de l'appui de l'inamovible maire d'ÉgletonsCharles Spinasse, ancien ministre socialiste de Léon Blum exclu de la SFIO pour faits de collaborationcCharles Spinasse affirme à cette occasion que Jacques Chirac est un type très « Front populaire »27.

Ascension

Tableau récapitulatif : Section chronologie des fonctions.
1967 - 1974 : « bulldozer » de Georges Pompidou

Le 8 mai 1967, Jacques Chirac — surnommé « mon bulldozer » par Georges Pompidou — est nommé secrétaire d'État à l'Emploi auprès du ministre des Affaires sociales Jean-Marcel Jeanneney, dans le troisième gouvernement Pompidou, entamant une longue carrière ministérielle qui continue dans tous les gouvernements successifs, dirigés par Maurice Couve de MurvilleJacques Chaban-Delmas et Pierre Messmer, jusqu'en 1974. Plus jeune membre du gouvernement en 1967, l'une de ses premières réalisations est la création de l'Agence nationale pour l'emploi. Durant mai 68, il joue un rôle capital lors des Accords de Grenelle et devient l'archétype du jeune énarque brillant, parodié dans un album d'Astérix en 1976.

Après mai 68, il est secrétaire d'État à l'Économie et aux Finances, d'abord sous l'autorité du gaulliste François-Xavier Ortoli dans le gouvernement Maurice Couve de Murville, puis de celle du libéral Valéry Giscard d'Estaing, après l'élection à la présidence de la République de Georges Pompidou et la formation du premier gouvernement Chaban-Delmas, en juin 1969. Les deux hommes se méfient l'un de l'autre, comme en témoigne le fait que Jacques Chirac n'est pas mis dans la confidence de la dévaluation du franc de 11,1 % en 1969, mais finissent par travailler en bonne intelligence. À ce poste, il patronne notamment la « procédure d'agrément », législation d'exception dont bénéficient les groupes industriels jugés les plus méritants, par négociation à l'amiable directe de l'impôt sur les bénéfices. Ses adversaires l'accusent d'en avoir surtout fait profiter les groupes Dassault ou Bouygues, deux entreprises bien implantées en Corrèze, département où il a renforcé son assise locale en se faisant élire conseiller général pour le canton de Meymac le 27 février 1968 (réélu en 19701976 et 1982) puis président du conseil général en 1970 (réélu en 1973 et 1976, il abandonne ce poste en mars 1979 après être devenu maire de Paris). De plus, le couple Chirac achète le château de Bity, sur le territoire de la commune de Sarran dans le département, le 3 mars 1969, et le restaure après classement comme monument historique par arrêté du 3 avril 196928,d. L'épouse de Jacques Chirac, Bernadette, complète sa présence en Corrèze en étant élue conseillère municipale de Sarran en 1971 (et deuxième adjointe au maire à partir de 1977) ainsi que conseillère générale pour le canton de Corrèze en 1979.

De plus en plus proche de Georges Pompidou, il est choisi en juillet 1969 par le couple présidentiel pour devenir le premier directeur général de la Fondation Claude-Pompidou. Il commence également, à cette époque, à se lier avec deux collaborateurs du président de la République qui deviennent ses deux principaux conseillers durant les années 1970Pierre Juillet et Marie-France Garaud.

Le 7 janvier 1971, Jacques Chirac est nommé directement par l'Élysée, et sans l'aval du chef de gouvernement Jacques Chaban-Delmasministre délégué auprès du Premier ministre chargé des relations avec le Parlement. Il obtient finalement son premier poste gouvernemental d'importance le 5 juillet 1972, en étant nommé ministre de l'Agriculture et du Développement rural, dans le gouvernement Messmer. Il s'y fait remarquer en obtenant massivement les voix des agriculteurs, base électorale importante qu'il conservera tout au long de sa carrière politique. Dans la même logique, comme bon nombre de personnalités politiques, il assure chaque année, de 1972 à 2011 (sauf en 1979, à la suite de son accident de voiture), une sortie médiatisée et remarquée au salon de l'agriculture29,30. Il devient notamment l'un des instigateurs de la première politique d'aide à l'agriculture de montagne31, en lançant en 1973 l'indemnité spéciale de montagne (ISM)32. En novembre 1973, soutenu par le président, il revient sur des décisions de Valéry Giscard d'Estaing, alors en voyage, en annonçant le retrait du projet de loi de finance d'une nouvelle taxe sur la vente des fruits et légumes qui, dans un contexte de hausse des prix, s'était attirée la colère des détaillants33. Une fois de retour, le ministre des Finances ne peut qu'avaliser les promesses faites par son homologue de l'Agriculture.

Le 27 février 1974, probablement à la suite de l'affaire des écoutes du Canard enchaîné, il « échange », lors d'un changement de gouvernement, son poste avec celui de Raymond Marcellin, jusque-là ministre de l'Intérieur. La mort de Georges Pompidou, le 2 avril suivant, l'affecte fortement ; il apparaît ému aux larmes lors de la messe des funérailles du président à Notre-Dame de Paris. Il milite alors pour une candidature à la Présidence de la République rassemblant l'ensemble de la majorité, face à l'union de la gauche derrière François Mitterrand, et est hostile à Jacques Chaban-Delmas qu'il n'estime pas capable d'affronter la gauche. Il choisit de soutenir tout d'abord le Premier ministre sortant, Pierre Messmer, un temps candidat, puis Valéry Giscard d'Estaing. Il rallie en la faveur de ce dernier, avec son « appel des 43 », 39 parlementaires et 4 ministres gaullistes et contribue ainsi à la victoire du ministre des Finances à l'élection présidentielle. Il bénéficie aussi d'une bonne connaissance du terrain et des élus locaux, acquise en moins de deux ans au ministère de l'Agriculture et surtout de par sa position au sein d'un ministère « stratégique » dans lequel il a la haute main sur les préfets, avec les Renseignements généraux, entre autres.

1974 - 1976 : Premier ministre de Valéry Giscard d'Estaing
Article détaillé : Gouvernement Jacques Chirac (1).
Jacques Chirac, Premier ministre, en visite officielle en Roumanie en 1975, aux côtés du président roumain Nicolae Ceaușescu.
Des relations difficiles avec le président et son propre camp

Le 27 mai 1974, en raison de son rôle décisif dans son élection, Valéry Giscard d'Estaing nomme Jacques Chirac Premier ministre. Il expose le 5 juin son discours de politique générale devant l'Assemblée nationale qui lui accorde le lendemain sa confiance par 297 voix contre 181. Il conserve l'appui de l'Union pour la défense de la République (qui ne compte que cinq ministres sur quinze, alors qu'ils étaient dix sur seize dans le précédent gouvernement), dont il devient le secrétaire général, en dépit de l'opposition des barons du gaullisme, sans même en avoir été membre précédemment, par 57 voix contre 27 au député-maire de CambraiJacques Legendre, le 14 décembre. Il ne fait toutefois pas l'unanimité au sein du camp gaulliste. Ainsi, le ministre sortant des Relations avec le Parlement, Robert Boulin, qualifie son arrivée à la tête du parti de « hold-up » et rend sa carte de militant tandis que le député-maire de Brive-la-Gaillarde Jean Charbonnel avait déjà saisi, dès le 25 juin 1974, le tribunal administratif pour « violations graves, répétées, délibérées des statuts de l'UDR ». Jacques Chaban-Delmas, quant à lui, estime que : « M. Chirac n'a découvert le gaullisme qu'en comptant les sièges de l'Assemblée ».

Jacques Chirac prend toutefois rapidement en mains l'UDR, notamment les fédérations du parti, et il est réélu à la tête du parti avec 92,56 % des voix des membres du conseil national[Quand ?]. La journaliste Michèle Cotta mentionne « un enthousiasme inouï manifesté dans la salle ultra-moderne du palais des Congrès. Quel contraste par rapport à sa désignation houleuse en décembre dernier »34.

À Matignon, il instaure un style détendu et studieux, travaillant souvent en bras de chemise et les pieds sur la table, tout en entamant un bras de fer avec le président. Tous deux désirent gouverner le pays et possèdent un caractère très différent : leur rivalité est la même depuis leurs tensions au ministère des Finances. De plus, Jacques Chirac se voit imposer par le président un grand nombre de ministres qu'il n'apprécie pas. C'est notamment le cas de Michel Poniatowski qui lui succède à l'Intérieur et obtient en plus le titre de ministre d'État (ce qui en fait le no 2 du gouvernement derrière Chirac) et Jean-Jacques Servan-Schreiber, tous deux fermement antigaullistes. Jacques Chirac se débarrasse rapidement du cofondateur de L'Express sur la question des essais nucléaires. « JJSS » y est opposé et le fait savoir, ce qui le pousse à la démission dès le 9 juin 1974. Pour le remplacer, Valéry Giscard d'Estaing impose à Jacques Chirac le second cofondateur de L'Express en la personne de Françoise Giroud, qui devient secrétaire d'État auprès du Premier ministre chargée de la Condition féminine le 16 juillet.

D'un autre côté, les réformes entreprises par Valéry Giscard d'Estaing surprennent puis agacent les gaullistes. Si Jacques Chirac s'investit personnellement dans la défense des plus symboliques d'entre elles, telles la majorité à 18 ans, la loi sur l'avortement, l'extension de la couverture de sécurité sociale ou la réforme de l'audiovisuel (avec l'éclatement de l'ORTF en sept entités autonomes, comprenant les trois chaines et Radio France, tout en conservant le monopole d'État), celles-ci, ainsi que certaines actions du président telles la « poignée de main » à des détenus en prison, rendent sceptiques l'UDR et vont, selon eux, à l'encontre des idéaux de l'électorat de droite. Beaucoup de « barons du gaullisme » lui reprochent alors d'être trop proche de l'Élysée, le contraignant à la démission du secrétariat général de l'UDR le 15 juin 1975 au profit d'un de ses proches, André Bord puis, à partir de 1976Yves Guéna. Espérant être reconnu par le président de la République comme chef de la majorité, l'emploi par l'Élysée du terme de « majorité présidentielle » fait que les relations se tendent entre les deux têtes de l'exécutif. Les deux conseillers personnels de Jacques Chirac, Pierre Juillet et Marie-France Garaud, le poussent même à la rupture avec Valéry Giscard d'Estaing.

Gestion de la crise économique

À ces difficultés d'ordre politique s'ajoute une mauvaise situation économique et sociale. Il est en effet le premier chef de gouvernement à être réellement confronté aux effets du premier choc pétrolier de 1973 : la France connaît alors sa première récession économique (le PIB se rétracte de 1,6 % au quatrième trimestre 1974 et de 1,5 % en 1975) depuis 1945, ainsi qu'une forte inflation (celle-ci croît de 13,8 % en 1974, soit la plus forte hausse depuis 195835), tandis que le nombre de demandeurs d'emploi passe de 200 000 à 1 million de personnes de 1974 à 1976. Dans un premier temps, le gouvernement s'efforce de lutter contre l'inflation née de la hausse du prix du baril de pétrole en adoptant le 12 juin 1974 un plan de « refroidissement » préparé par le ministre de l'Économie et des Finances « giscardien » Jean-Pierre Fourcade (il comprend notamment l'opération « frein sur les prix » qui passe par des accords de programmation de hausse avec les producteurs et les distributeurs, la loi du 30 décembre 1974 instaurant un prélèvement exceptionnel contre l’inflation assis sur les accroissements excessifs de marge et la revalorisation du rôle du comité national des prix par décret du 7 août 1975)36. Cette action déflationniste permet à la hausse des prix d'être moins importante les années suivantes (+ 11,9 % en 1975 et + 9,5 % en 1976) et de réduire le déficit commercial du pays, mais fait chuter dans le même temps le taux d'investissement, fragilisant d'autant la production notamment dans le secteur industriel (celle-ci baisse de plus de 10 % en quelques mois).

Jacques Chirac et les gaullistes s'opposent à ce plan, étant favorables à des mesures de relance de l'économie par l'investissement. Le Premier ministre déclare ainsi en juillet 1975 : « Le plan de refroidissement a assez duré. Il ne faut pas écouter les technocrates imbéciles qui veulent freiner les investissements. Les entreprises ont besoin d'une relance ». Sa vision s'impose alors progressivement au président de la République et, après un premier programme « timide » de 6 milliards de Francscomplété d'un emprunt de 15 milliards redistribué aux petites et moyennes entreprises au début de l'année 1975, un véritable virage dans la politique économique du gouvernement a lieu en septembre 1975 avec l'abandon du « refroidissement », l'allégement des restrictions de crédits (que sont l'encadrement, les réserves obligatoires et le taux d'intervention de la Banque de France), la mise en place d'un plan de relance de 30,5 milliards de Francs et l'adoption d'un report d'impôt sur les bénéfices pour les entreprises. Cette rupture permet à la production industrielle de repartir à la hausse tout en conservant une inflation stable autour de 10 %, mais entraîne un déficit de la balance commerciale de 40 milliards37 et déstabilise le Franc qui se déprécie d'environ 4,5 % et doit sortir du Serpent monétaire européen le 15 mars 1976.

Politique industrielle et technologies

L'énergie nucléaire, dont il est fervent partisan, devient un choix stratégique afin que soit limitée la dépendance de la France vis-à-vis des importations d'hydrocarbures. Le conseil de planification décide ainsi le 28 janvier 1975 de limiter à 15 % cette dépendance d'ici à 1985. La France ne possède en 1974 que dix réacteurs répartis en six centrales pour une puissance totale d'à peine 2 800 MW, et huit sont en cours de construction : entre 1975 et 1976, la France lance les travaux de 13 réacteurs supplémentaires. Le secteur de l'industrie atomique est de plus réorganisé le 6 août 1975, avec le choix de Framatome, filiale du Creusot-Loire, comme seul constructeur des centrales, tandis que le CEA est divisé entre plusieurs filiales autonomes. Le 19 janvier 1976, la COGEMA, filiale à 100 % du CEA, est créée pour s'occuper du cycle de combustion nucléaire, entraînant une assez forte contestation au sein du personnel du CEA. Enfin, le gouvernement donne son feu vert le 15 avril 1976 pour le lancement du projet Superphénix, prototype de réacteur à neutrons rapides.

À ceci s'ajoute une politique commerciale offensive, le Premier ministre se faisant le défenseur des industries et technologies françaises à l'étranger. Le 24 juin 1974, à l'occasion de la visite du chah d'Iran Mohammad Reza Pahlavi, celui-ci signe pour 20 à 22 milliards de contrats d'armement, l'achat de cinq centrales nucléaires et l'obtention par des entreprises françaises de la construction du métro de Téhéran et l'électrification des chemins de fer. Plus tard dans l'année, le 20 décembre, Jacques Chirac se rend en retour en Iran et obtient cette fois-ci la signature pour 35 milliards de francs, dont l'adoption par Téhéran du procédé de télévision en couleur français SÉCAM. Il fait de même avec l'État Baasiste d'Irak, encore considéré comme respectable par l'Occident à cette époque (car laïc et en apparence moderniste) : il se rend à Bagdad le 30 octobre 1974 pour obtenir des promesses d'achat pour l'industrie française à hauteur de 15 milliards de francs, dont une fois de plus le procédé SÉCAM. Mais surtout, un accord de coopération énergétique est signé entre les deux pays le 18 novembre 1975, avec l'obtention pour des compagnies pétrolières françaises d'avantages, le partage à 23 % du pétrole irakien et le projet d'installation d'un réacteur nucléaire expérimental de 1 500 MW destiné à la recherche atomique civile en Irak (vite abandonné pour des raisons techniques, il préfigure un second accord signé le 26 août 1976 à l'origine de la construction du réacteur de 70 MW d'Osirak38, surnommé « Ô Chirac » par les Israéliens et une partie de la presse francophone et utilisé par les milieux néo-conservateurs et certains médias américains à partir de 2002 afin de critiquer la position de Jacques Chirac et de la France vis-à-vis de la guerre d'Irak39). Cette attitude de « VRP » du « savoir-faire à la Française » lui vaut d'être parodié en bande dessinée, par le scénariste René Goscinny (qui le croque à nouveau dans l'album d'Astérix Obélix et Compagniedeux ans plus tard) associé au dessinateur Jean Tabary, dans une courte histoire d’Iznogoud paru dans Le Journal du dimanche du 8 décembre 197440.

Conflit avec le président de la République

Le 11 janvier 1976, le président effectue un remaniement ministériel contre l'avis du Premier ministre : les ministres dont il souhaitait le départ, à savoir Michel PoniatowskiJean-Pierre Fourcade et Françoise Giroud, sont maintenus, et l'équipe gouvernementale est augmentée de six secrétaires d'État dont un seul de l'UDR, alors que le Premier ministre voulait la restreindre et augmenter le nombre de gaullistes en son sein. Il dénonce le pouvoir exercé par Valéry Giscard d'Estaing et, après la défaite de la droite aux élections cantonales de mars 1976 (neuf départements passent alors à gauche), il demande l'organisation d'élections législatives anticipées au cours desquelles son rôle de coordinateur de la majorité serait reconnu et une refonte complète de l'action gouvernementale : abandon de certaines réformes comme la taxation sur les plus-values et une politique plus axée sur le plan social et la défense des libertés.

Après une rencontre au fort de Brégançon le 6 juin 1976, Jacques Chirac se laisse convaincre par ses collaborateurs, considérant qu'il est devenu l'« huissier de la présidence », et décide de quitter son poste. Il remet sa lettre de démission au président de la République le 26 juillet 1976, mais il accepte de ne la rendre officielle que le 25 août à 11 h 40. Il se justifie avec éclat lors d'une conférence de presse tenue à l'Hôtel Matignon le jour de son départ : « Je ne dispose pas des moyens que j’estime aujourd'hui nécessaires pour assumer efficacement mes fonctions de Premier ministre et dans ces conditions, j'ai décidé d'y mettre fin ». Il aurait affirmé à Valéry Giscard d'Estaing « qu'il voulait quitter la vie politique […] et qu'il s'interrogeait sur sa vie, et qu'il parlait même de monter une galerie d'art ».

Quoi qu'il en soit, remplacé par Raymond Barre, il est dénoncé dès le soir du 25 août par Valéry Giscard d'Estaing dans un entretien donné à TF1. Le chef de l'État reproche à son ancien Premier ministre d'être incapable de résoudre le problème de l'inflation et d'informer clairement l'opinion publique des buts poursuivis par le gouvernement, et considère qu'il manque d'autorité et est inapte à donner aux débats politiques la sérénité nécessaire. L'opposition porte un jugement beaucoup moins dur sur son passage à Matignon, car si Georges Marchais considère Jacques Chirac comme « le Premier ministre le plus antisocial » qu'il ait jamais rencontré, François Mitterrand dit de lui qu'il a été « le meilleur Premier ministre » que la majorité ait eu à son service.

De la mairie de Paris à l'Élysée

Tableau récapitulatif : Section chronologie des fonctions.
1976 - 1981 : opposition aux giscardiens au sein de la majorité
Caricature de Jacques Chirac par Maurice Tournade(1978).
Création du RPR

Ayant retrouvé sans difficulté son siège de député de la 3e circonscription de la Corrèze à l'élection partielle du 14 novembre 1976(avec 53,65 % des suffrages exprimés dès le premier tour), son suppléant le maire d'Ussel Henri Belcour (qui occupait son siège à sa place depuis 1967) ayant démissionné pour lui permettre de se présenter à nouveau devant ses électeurs, il entre pour la première fois de manière effective à l'Assemblée nationale. Il y intègre la Commission des Affaires culturelles, familiales et sociales (il en est membre jusqu'en 1986, puis de nouveau de 1988 à 1993 et de 1994 à 1995). Il s'attache alors à s'assurer le soutien de la famille gaulliste et à affirmer son poids au sein de la majorité, face aux partisans du président de la République. Il annonce sa volonté de rénover l'UDR le 3 octobre 1976 à Égletons, en plein cœur de son fief électoral de la Corrèze, sur la base d'un « véritable travaillisme à la française ». Lors des assises nationales du parti à la Porte de Versailles à Paris le 5 décembre suivant, auxquelles participent 50 000 personnes, l'UDR se dissout pour donner naissance au Rassemblement pour la République (RPR). Jacques Chirac en est élu président à 96,52 % des voix, et désigne son ancien directeur de cabinet à MatignonJérôme Monod, comme secrétaire général. Jacques Chirac, désirant une force politique populaire, se déplace dans toute la France et une importante campagne de recrutement est lancée (le RPR compte ainsi 700 000 adhérents à la veille des élections législatives de 1978) et ce nouveau mouvement devient bientôt une puissante machine électorale tant orientée contre l'opposition que contre les « Giscardiens », en voulant incarner une voie médiane entre « le programme démagogique de la gauche socialo-communiste » et « les solutions de la droite conservatrice, orthodoxe, classique »41. En effet, lors d'un meeting de 100 000 personnes à la Porte de Pantin le 10 février 1977, l'ancien Premier ministre dénonce le « capitalisme sauvage » et affirme que les gaullistes ne doivent pas être confondus avec les « tenants du libéralisme classique » et la « droite » assimilée au giscardisme et au centrisme42. Il définit à cette époque le projet gaulliste comme la version française de la social-démocratie43.

Élection à la mairie de Paris

En effet, Jacques Chirac critique de plus en plus ouvertement le gouvernement de son successeur Raymond Barre et multiplie les actions de déstabilisation à l'égard de Valéry Giscard d'Estaing, selon une stratégie élaborée par Pierre Juillet et Marie-France Garaud. C'est ainsi qu'il annonce le 19 janvier 1977 sa candidature à la mairie de Paris, fonction ressuscitée après plus de 105 ans d'absence par le nouveau statut de la ville voté au Parlement en décembre 1975 (et auquel Jacques Chirac s'était opposé), contre celle de Michel d'Ornano, ministre RI en exercice proche du président de la République et soutenu directement par l'Élysée, déjà en course depuis le 12 novembre 1976. Ce que les médias qualifient alors de « bataille de Paris » donne lieu, à coup de sondages « trafiqués » fournis par les deux camps toutes les semaines et de petites phrases, à une campagne acharnée entre les listes « Union pour Paris »44 du président du RPR et celles « Protection et Renouveau pour Paris » du giscardien, qui s'affrontent dans 17 des 18 secteurs de vote créés par le statut de 1975e (seul dans le 7e arrondissement la majorité réussit à s'unir derrière le député RI et conseiller sortant Édouard Frédéric-Dupont). Michel d'Ornano, maire sortant de Deauville, est présenté par ses adversaires et perçu par beaucoup de Parisiens comme un « parachuté » et un aristocrate « élevé dans un pantalon de flanelle ». Les partisans de Jacques Chirac, lui aussi élu d'un autre département, présentent en revanche ce changement de fief électoral comme un « retour aux sources », étant né et ayant fait l'essentiel de sa scolarité dans la capitale. De plus, il n'est tête de liste dans aucun secteur de vote, n'étant présent qu'en seconde position sur celle du 5e arrondissement, derrière Jean Tiberi.

Il sait également s'appuyer sur la classe politique locale, autant sur les gaullistes historiquement bien implantés dans la capitale que sur la droite dite « modérée », pourtant plutôt proche des RI, mais n'appréciant guère la décision de Valéry Giscard d'Estaing et de Raymond Barre d'appuyer un non-Parisien pour mener la majorité présidentielle. Ainsi, sur les 105 noms des listes « Chirac », pas moins de 37 sont des élus de la capitale, soit :

Les « chiraquiens » mettent en place une campagne active et féroce : leur candidat multiplie les tournées des marchés et des commerces et les bains de foule, insiste sur des thèmes porteurs tels que la propreté de la ville, la fuite des familles modestes et moyennes qu'il veut interrompre et parle de « démocratie du quotidien ». L'agressivité culmine avec l'« affaire Françoise Giroud » : la secrétaire d'État à la Culture doit se retirer de la liste « d'Ornano » du 15e arrondissement, après avoir revendiqué sur des tracts être décorée de la Médaille de la Résistance alors qu'aucun document officiel n'indique qu'elle ait jamais reçu cette décoration, ce que l'équipe du RPR a mis à profit d'autant plus facilement qu'il a aligné face à elle dans cet arrondissement une parente du Maréchal Leclerc. Au premier tour le 13 mars, l'Union de la gauche, emmenée par le communiste Henri Fiszbin et le socialiste Georges Sarre, arrive en tête grâce aux divisions de la droite et à sa forte implantation dans l'est parisien, avec 32,1 % des suffrages exprimés, tandis que les listes « Chirac » remportent les « primaires » de la majorité avec 26,2 % contre 22 % à Michel d'Ornano (seule la liste d'union d'Édouard Frédéric-Dupont, avec près des deux tiers des voix dans son secteur de vote, obtient des élus — 4 — au premier tour). L'« Union pour Paris » dépasse ainsi « Protection et Renouveau pour Paris » dans 11 secteurs (à savoir ceux des 1er-4e5e6e8e9e10e11e13e14e15e et 17e arrondissements). Au second tour, la semaine suivante, il l'emporte avec à peine 2 000 voix d'avance sur l'Union de la gauche, 45 % des voix et 50 sièges (auxquels se sont ajoutés les 4 élus du 7e arrondissement), contre 40 à l'opposition et 15 aux candidats de la liste d'Ornano45,46,47.

Le 25 mars 1977, il devient le premier maire de Paris depuis Jules Ferry. Le poste qu'il obtient, nouvellement créé, est très important : quinze milliards de francs de budget, 40 000 fonctionnaires. C'est un contre-pouvoir important mais aussi et surtout un excellent tremplin électoral. Ses premières mesures consistent essentiellement à revenir sur des décisions ou projets gouvernementaux : abandon du projet de radiales entrant dans Paris, abandon (et destruction du premier niveau déjà réalisé) du projet controversé de « Monument au Vert » aux Halles de Paris confié jusqu'alors à l'architecte espagnol Ricardo Bofill, soutenu par l'Élysée, et remplacé par les non moins critiqués « parapluies » du français Jean Willerval, inaugurés en 198348 ; le soutien dès 1978 à la reprise de la construction de la Voie Express - Rive gauche, voulue par Georges Pompidou mais abandonnée par Valéry Giscard d'Estaing en 197449. Mettant de plus l'accent sur la propreté (avec le lancement du programme « Paris ville propre » qui comprend une augmentation et une modernisation du matériel de ramassage de détritus, dont les fameuses « motocrottes », la hausse des effectifs avec la constitution des « Commandos de la Propreté », la réhabilitation de certaines friches industrielles, notamment sur les quais de la Seine, et de quartiers populaires ou encore la lutte contre la pollution de la Seine avec la promesse qu'il s'y baignerait en 1995), la réalisation d'espaces verts, de crèches, de gymnases, de bibliothèques, d'écoles ; il gagne assez vite la confiance des Parisiens puisqu'un sondage Louis Harris - France pour L'Expressdémontre que 62 % des habitants de la capitale interrogés le jugent bon maire, et 52 % un maire plutôt sympathique, tandis que 36 % reconnaissent qu'il donne alors la priorité à son rôle de président du RPR contre 27 % à celui de premier magistrat de la ville42. Mais l'opposition, emmenée par le socialiste Paul Quilès, lui reproche de ne rien faire pour améliorer l'habitat social et pour lutter contre la hausse du foncier, et de favoriser l'« embourgeoisement ». Ses adversaires l'accusent également d'avoir mis en place un système jugé « clientéliste » et d'avoir utilisé, pour l'appareil du RPR et à des fins purement électorales, un certain nombre de moyens de la municipalité parisienne : emplois fictifs, marchés publics du bâtiment (voir les affaires), frais de bouche50.

Difficultés à s'imposer au sein de la majorité

Fort de ce succès à Paris, Jacques Chirac espère affirmer la place de son nouveau parti comme première force politique de la majorité lors des élections législativesdes 12 et 19 mars 1978, et devancer ainsi la grande formation formée le 10 janvier 1978 par la réunion de tous les mouvements du centre et de la droite non gaulliste (le Parti républicain qui a pris la relève des RI, le CDS, les radicaux valoisiens et le PSD) afin de soutenir directement l'action du président de la République et de son gouvernement : l'Union pour la démocratie française (UDF). Or, le résultat du RPR est loin de rejoindre les espoirs de ses dirigeants mais il demeure toutefois en tête au résultat final des partis avec 154 députés, l'UDF 137, le PS 114 : en hausse de 12 sièges, le PC en hausse également avec 86 députés. Après avoir eu de meilleurs sondages que la droite et avoir semblé remporter le scrutin, la gauche, divisée (rupture de l'union de la gauche de 1977), perd de peu la bataille électorale en voix et la perd nettement en sièges, avec 200 députés contre 291 à la droite51[source insuffisante].

Au premier tour le 12 mars, le parti chiraquien n'arrive qu'en troisième position avec 22,8 % des suffrages exprimés (soit près de deux points de moins que le score obtenu par l'UDR en 1973, la famille gaulliste perdant pour la première fois depuis 1958 son statut de première force politique du pays), derrière l'alliance PS-MRG(26,3 %) et surtout après l'UDF (23,9 %)52 formation d'union soutenue par le Président de la République et le Premier Ministre. Le second tour permet toutefois au RPR de conserver sa place de premier groupe politique à l'Assemblée nationale, avec 154 sièges sur 491, mais lui fait perdre tout de même 29 députés par rapport à la législature sortante. Jacques Chirac est quant à lui réélu dans sa troisième circonscription de la Corrèze sans difficulté et dès le premier tour, en améliorant de plus son résultat de 1976 avec 55,8 % des voix.

Cette victoire en demi-teinte, qui évite au président Giscard d'Estaing la cohabitation, affaiblit la position de Chirac comme chef de file du camp gaulliste, et il se retrouve pris en tenaille entre les partisans d'une rupture totale avec les giscardiens (emmenés par Michel Debré qui, aux assises de Biarritz en septembre 1978, propose le dépôt d'une motion de censure) et ceux au contraire favorables à un rapprochement (tels Jacques Chaban-Delmas, qui retrouve la présidence de l'Assemblée nationale le 3 avril grâce au soutien des députés UDF et contre le candidat officiel du groupe RPREdgar Faure, ou encore des ministres gaullistes du gouvernement Barre III). Jacques Chirac adopte alors une position médiane, sanctionnant ceux devenus trop proches du pouvoir (dès le début de la nouvelle législature, le conseil national du parti décide que les fonctions de président de l'Assemblée et de membres du gouvernement sont incompatibles avec un poste de dirigeant du mouvement) tout en rejetant la rupture, lui préférant une pression continue sur l'exécutif notamment dans les domaines économiques et sociaux. Il s'attire ainsi de plus en plus l'hostilité des « barons » et des ministres, qui lancent une campagne contre la « bande des quatre », constituée des quatre principaux conseillers de Jacques Chirac (Yves GuénaCharles PasquaPierre Juillet et Marie-France Garaud) et dont l'influence est jugée trop importante.

Le 26 novembre 1978, Jacques Chirac est victime d'un accident sur une route de la Corrèze et est transporté à l'hôpital Cochin à Paris. De là, il lance l'« appel de Cochin », écrit par Pierre Juillet et apporté dans sa chambre d'hôpital par Marie-France Garaud : il y dénonce le « parti de l'étranger », c'est-à-dire l'UDF, en accusant le parti de Valéry Giscard d'Estaing d'agir au nom de l'Europe et contre les intérêts de la France dont il « prépare l'inféodation » et « consent à l'idée de son abaissement »53. La réaction au sein des « giscardiens » du RPR ne se fait pas attendre : Lucien Neuwirth décide de ne plus voter aux conseils nationaux, Hélène Missoffe et Alexandre Sanguinetti démissionnent tandis que le garde des Sceaux Alain Peyrefitte écrit une lettre à tous les parlementaires du parti dans laquelle il condamne « ces propos outranciers ». Pour cela, il est exclu du mouvement pour six mois, mais tous les membres RPR du gouvernement se solidarisent avec lui. C'est au tour d'Yves Guéna, premier de la « bande des quatre » à rompre avec lui, de marquer son mécontentement au début de l'année 1979 pour protester contre le fait qu'il n'ait pas été mis au courant au préalable de l'annonce faite par Jacques Chirac aux journées parlementaires du parti à la Guadeloupe qu'il allait demander la mise en place de deux commissions d'enquête (dont une sur l'information à la radio et à la télévision, où il estime que son image y est malmenée) et la convocation d'une session extraordinaire du Parlement pour remettre en cause la politique économique et sociale du gouvernement. Pourtant, lors de la tenue de cette dernière, obtenue grâce à la même demande de la gauche, du 14 au 16 mars 1979, Jacques Chirac n'intervient pas et empêche que le RPR vote la motion de censure déposée par l'opposition socialiste (le parti néo-gaulliste choisit alors l'abstention).

Le 7 juin 1979, l'organisation des premières élections européennes au suffrage universel direct lui donne une nouvelle fois l'occasion d'affronter les partisans du président de la République. Il prend ainsi lui-même la tête de la liste « Défense des intérêts de la France en Europe » et reprend le thème traditionnel gaulliste de l'« Europe des Nations », défendu dans l'Appel de Cochin et par Michel Debré, et s'oppose à la liste UDF, très fédéraliste et « européiste », emmenée par Simone Veil. Lors d'un meeting à Bagatelle le 4 juin, il déclare : « Ce qui nous sépare de l'UDF sur l'Europe est incomparablement plus profond que ce qui nous unit ». C'est alors un échec retentissant, ne réussissant pas à intéresser un électorat gaulliste très peu enthousiasmé par ce scrutin : sa liste n'arrive qu'en quatrième position avec seulement 16,31 % des suffrages et 15 sièges de parlementaire européen sur les 81 dont dispose la France, et est dépassé non seulement par Simone Veil qui arrive en tête (27,61 %, 25 élus), mais aussi par les socialistes de François Mitterrand (23,53 %, 22 sièges) et les communistes de Georges Marchais (20,52 % et 19 élus). L'abstention s'est élevée à près de 40 %. Bien que techniquement élu au Parlement européen de Strasbourg, Jacques Chirac abandonne immédiatement ce mandat, préférant ses fonctions locales ou nationales. Après cette défaite, et sur l'insistance de certains de ses proches (dont Bernadette Chirac) de plus en plus critiques à l'égard de l'influence de Pierre Juillet et Marie-France Garaud, il se sépare de ces derniers et commence à réorganiser ses troupes en vue de la présidentielle de 1981.

En 1979, la famille Chirac recueille la réfugiée vietnamienne Anh Đào Traxel, qui deviendra leur « fille de cœur ».

 

1981 : première candidature à l'Élysée
Jacques Chirac en septembre 1980.

Sa candidature à l'élection présidentielle semble pourtant être remise en question : sa position est en effet particulièrement instable au sein du RPR, s'étant attiré la méfiance tant de la vieille garde orthodoxe du mouvement gaulliste, groupée autour de Michel Debré, qui annonce sa propre candidature le 30 juin 1980, mais aussi de l'aile la plus « giscardienne » (Jacques Chaban-DelmasOlivier GuichardJean Foyer ou Yves Guéna) opposée à l'attitude d'opposition à peine voilée adoptée par Jacques Chirac à l'égard du gouvernement et du président de la République (ainsi, le RPR pousse le gouvernement à recourir à l'Article 49.3 et donc à engager sa responsabilité sur une série de projets de loi lors de la session d'automne 1979, tandis que le 9 décembre Jacques Chirac évoque devant le comité central du parti « l'incapacité de ceux qui ont mission de guider le pays »). De plus, certains de ses proches, dont Bernadette ChiracJean de Lipkowski ou Alain Juppé estiment qu'il serait prématuré pour lui de se lancer déjà dans la bataille pour la présidentielle, tandis que d'autres (Charles Pasqua ou Bernard Pons) le poussent au contraire à s'engager.

Jacques Chirac hésite ainsi, estimant qu'une « bonne candidature » doit représenter « le refus de ce qui semble inévitable », « symboliser le renouveau et l'espérance qui sont l'essence même du gaullisme » et ne doit être déposée que si l'on a la volonté « de gagner, donc d'être présent au second tour ». Toutefois, le 25 octobre 1980, il déclare : « Longtemps j'ai attendu un changement de la part du président » et compare la situation politique du moment avec la fin de la IVe République. Beaucoup estiment alors que l'annonce de sa candidature n'est plus qu'une question de temps.

Il annonce finalement sa candidature le 3 février 1981 en se présentant comme le seul légitime à pouvoir se poser en « rassembleur des gaullistes » et en se fixant pour objectif d'« arrêter le processus de dégradation de la France » qu'il attribue « au comportement des responsables de l'État ». Il installe son quartier général rue de Tilsitt à Paris, tandis que Charles Pasqua est nommé coordonnateur de sa campagne. Il expose son programme le 10 février, en l'axant sur les thèmes de la réduction des impôts — suivant l'exemple de Ronald Reagan — du retour à une politique étrangère volontariste et du « changement sans risque », effectuant ainsi un virage à droite depuis son discours du « travaillisme à la française » de la fin des années 1970, entamant ce que certains politologues, dont Jean Baudouin, ont appelé le « moment néo-libéral du RPR »43. Il attaque tout particulièrement le président sortant dont il dénonce « l'irrésolution » en politique étrangère (reprenant alors le thème du « parti de l'étranger »), le « manque de fermeté » dans le maintien de l'ordre républicain et une tendance au « collectivisme rampant ». Il est soutenu par certaines personnalités des lettres, du spectacle ou du monde sportif, tels l'accordéoniste Aimable, les acteurs Jean Marais et Moustache, la romancière Juliette Benzoni, le comédien Roger Carel, le peintre Bernard Buffet et son épouse l'écrivaine Annabel, la meneuse de revue et chanteuse Line Renaud et son époux et compositeur Loulou Gasté, la présentatrice de télévision Sophie Darel, l'athlète médaillé olympique de 110 mêtres haies Guy Drut ou encore le judoka lui aussi champion olympique Thierry Rey54. Parmi les slogans de campagne, on retrouve la chanson Jacques Chirac, maintenant55.

Il obtient au premier tour, le 26 avril, 18 % des suffrages exprimés, soit un peu plus de cinq millions de voix, et se retrouve largement distancé par Valéry Giscard d'Estaing (28,32 %) et François Mitterrand (25,85 %). Toutefois, il confirme son statut de chef naturel de la famille politique gaulliste, puisqu'il fait mieux que Jacques Chaban-Delmas en 1974 (15,10 %), tandis que les scores cumulés des deux autres candidatures gaullistes, celles de Michel Debré et de Marie-France Garaud, sont de 3 %.

Jacques Chirac annonce, au lendemain du scrutin, que chacun doit « voter selon sa conscience » et déclare, qu'« à titre personnel », il ne peut que voter pour le chef de l'État sortant. Ses militants, et surtout ses jeunes militants, retiennent le peu de conviction du message et votent massivement pour le candidat de l'opposition. Selon Valéry Giscard d'Estaing56Raymond Barre et Christian Bonnet, la permanence du RPR conseille de voter pour François Mitterrand entre les deux tours ; Valéry Giscard d'Estaing explique que François Mitterrand lui aurait confirmé avoir rencontré Jacques Chirac chez Édith Cresson à cette occasion. Toujours selon Valéry Giscard d'Estaing, la stratégie de Jacques Chirac est alors de faire élire François Mitterrand puis d'essayer d'obtenir une nouvelle fois la majorité au parlement, le dirigeant socialiste étant obligé de dissoudre la chambre issue de 1978. Pour Jacques Chirac, la présence de ministres communistes créerait chez les Français un tel sentiment de peur, comparable à celui de mai 1968, qu'il provoquerait un nouveau raz-de-marée gaulliste. Charles Pasqua et Philippe Séguin assumèrent cette stratégie57[source insuffisante]Pierre Messmer confirme cette version des faits. Édith Cresson et d'autres personnalités confirmeront l'accord secret58,59 alors que Chirac niera toujours son existence60,61. Toutefois, une majorité des parlementaires RPR appellent à voter VGE, tandis que Jacques Chirac met en garde le 6 mai les électeurs contre François Mitterrand qui, selon lui « persiste à s'inspirer de principes économiques qui ont échoué partout où ils ont été appliqués ». Au second tour, le 10 mai, le candidat socialiste est élu, avec 51,76 % contre 48,24 % au président sortant.

Aux élections législatives de juin 1981, qui sont marquées par une « vague rose » née de l'« état de grâce » du nouveau président, le RPR n'obtient que 20,9 % des suffrages exprimés (et l'« Union pour la nouvelle majorité », coalition de droite fondée sur des candidatures uniques dans chaque circonscription et qui l'associe à l'UDF et aux divers droites, ne réunit que 42,9 % des suffrages, face aux 36 % du PS et aux 54,3 % de la majorité présidentielle en général) et ne remporte que 83 sièges. Pour sa part, Jacques Chirac est réélu en Corrèze une nouvelle fois au premier tour, mais plus faiblement qu'auparavant puisqu'il ne passe que de peu la barre de la majorité absolue (50,6 %), face à un jeune candidat socialiste tout juste sorti de l'ENAFrançois Hollande, et à son adversaire habituel depuis 1976, le communiste Christian Audouin62.

1981 - 1986 : chef de l'opposition
Évolution du RPR

Malgré ce premier échec, Jacques Chirac s'attache à rapidement s'assurer un rôle de premier plan au sein de l'opposition, fort des sondages qui font état, dès la fin de l'année 1981, de 32 % de Français interrogés le considérant comme le meilleur candidat à la prochaine élection présidentielle, contre 13 % à Valéry Giscard d'Estainget 8 % à Raymond Barre. Ainsi, le 7 octobre 1981, le « Club 89 » est créé au sein du RPR. Présidé par Michel Aurillac, et animé par un fervent « chiraquien », Alain Juppé, il s'agit d'un « laboratoire d'idées » chargé de « préparer un projet politique applicable dans l'environnement de 1989 », mais en réalité véritable « contre-gouvernement » chargé d'élaborer les programmes du parti pour les principales échéances futures : les législatives de 1986 et la présidentielle de 1988. En attendant, Jacques Chirac retrouve sans difficulté la présidence du parti, qu'il avait quittée à la veille de sa candidature à la présidence, lors des Assises de Toulouse en janvier 1982. Le 6 octobre 1982, il reçoit le 14e dalaï-lama lors de sa première visite en France63.

Il affirme alors son virage vers le libéralisme économique entamé durant la campagne présidentielle, afin de se poser comme le véritable rempart face au « socialo-communisme » du gouvernement Mauroy et comme une alternative au « libéralisme avancé » de l'UDF qui, selon lui, a déçu en étant trop libéral sur le plan des mœurs et de la sécurité, et pas assez sur le plan économique, et dont la politique menée à partir de 1976, qu'il qualifie de « socialisme rampant », a ouvert le chemin à la victoire de la gauche[réf. nécessaire]. Il condamne tout d'abord le « trop d'État » dans le domaine économique et social, ce que Michel Aurillac résume lors d'une réunion du Club 89 en 1983 : « L'État est un garant et non un gérant, il faut donc lutter contre son hypertrophie », s'oppose aux nationalisations et prône donc la fin de la planification et la déréglementation de l'économie, la dénationalisation et la lutte contre la bureaucratie de l'État et la libéralisation du système de protection sociale, selon le modèle de la politique menée à la même époque au Royaume-Uni par le Premier ministre britannique Margaret Thatcher. Mais dans le même temps, il défend un profond ordre moral et donc un renforcement de l'État dans les domaines de la sécurité des personnes et des biens (et cela même si Jacques Chirac est l'un des rares parlementaires de l'opposition à avoir voté pour l'abolition de la peine de mort le 18 septembre 198164). Le RPR et Jacques Chirac s'alignent donc sur les mouvements du conservatisme libéral des autres pays d'Europe, et, pour ce faire, abandonne les aspects les plus « gaulliens » sur le plan de la politique étrangère et européenne, n'hésitant pas à défendre devant Ronald Reagan, lors d'une rencontre avec le président américain en janvier 1983, l'idée d'une « défense européenne commune » étroitement liée à l'OTAN. Ces prises de position tendent alors à s'approcher des aspirations de ceux considérés comme l'électorat traditionnel du mouvement gaulliste et duquel celui-ci, gagné par l'usure du pouvoir, s'était peu à peu éloigné, à savoir les petits entrepreneurs, commerçants, les professions libérales, les agriculteurs, les propriétaires et les personnes âgées.

Cette « révolution idéologique » s'accompagne d'un renouvellement et d'un rajeunissement des cadres du parti, favorisé par le départ ou la mise à l'écart de la plupart des grands « barons du gaullisme » dans la suite de la candidature manquée de Michel Debré. Selon le journaliste politique Alain Duhamel, sur les 500 000 militants revendiqués par le RPR, 80 % d'entre eux n'ont jamais adhéré aux différents mouvements qui l'ont précédé dans cette famille politique (UNR puis UDR). Et, à la suite des élections municipales de 1983, 48 % des nouveaux maires issus du parti élus à la tête d'une commune de plus de 30 000 habitants ont moins de 43 ans. Parmi ces trentenaires et quadragénaires, on peut citer Alain Juppé (proche collaborateur de Jacques Chirac à la mairie de Paris, secrétaire général du Club 89, maire du 18e arrondissement depuis 1983 et secrétaire national du parti au redressement économique et social à partir de 1984), Jacques Toubon (maire du 13e arrondissementde Paris en 1983 et secrétaire général du RPR à partir de 1984), Philippe Séguin (maire d'Épinal en 1983 et secrétaire national du parti chargé de la Décentralisation en 1984) ou Nicolas Sarkozy (protégé de Charles Pasqua, ancien président du comité de soutien des jeunes à la candidature de Jacques Chirac à la présidentielle de 1981 et maire de Neuilly-sur-Seine en 1983)65.

Succession de victoires électorales

Alors que le gaullisme, tout en s'étant imposé comme une force politique de premier ordre sur le plan national, n'avait jamais réussi à percer réellement dans les élections locales (cantonales ou municipales), l'une des premières conséquences du « recentrage » du RPR vers des positions traditionnelles de la droite lui permet de se « notabiliser » et donc de remporter un certain succès lors des élections cantonales de 1982 et des municipales de 1983. Aux premières, le RPR obtient ainsi le score le plus important jamais obtenu par une formation gaulliste à ce type de scrutin, à savoir 17,9 % des suffrages exprimés au premier tour et finalement 323 nouveaux sièges de conseillers généraux (portant le nombre d'élus départementaux du parti à 495, contre 343 avant l'élection, tandis que le mouvement préside désormais 13 assemblées départementales). Et, à la suite des secondes, en mars 1983, le nombre de communes de plus de 30 000 habitants dirigées par le parti chiraquien passent de 15 à 3565, dont de grandes villes. Une étude statistique montre que la majorité du pays est repassée à droite avec 53,54 % des voix51[source insuffisante]. Par conséquent, les élections sénatoriales de septembre 1983 consacrent cette nouvelle assise locale puisque le groupe RPR à la chambre haute du Parlement français passe de 41 à 58 sénateurs.

La position de Jacques Chirac au sein de la majorité est d'autant plus confortée que lui-même remporte une importante victoire aux municipales de Paris en 1983. Pourtant, celles-ci s'annonçaient difficiles. Tout d'abord, la loi PLM du 31 décembre 1982 (qui divise notamment la Ville de Paris en vingt mairies, soit une par arrondissement, chaque conseil d'arrondissement envoyant une partie de ses membres au conseil de Paris qui cumule les fonctions de conseil municipal à l'échelle de la Ville de Paris et de conseil général du département) est préparée par le ministre de l'Intérieur socialiste Gaston Defferre sans que Jacques Chirac ait été consulté, celui-ci y voyant alors une manœuvre électoraliste visant à diminuer son autorité dans la gestion de la capitale et à augmenter l'influence de la gauche, minoritaire sur l'ensemble de la ville mais bien implantée dans les arrondissements de l'est. Ensuite, une campagne de certains membres du gouvernement et de médias est lancée à partir de 1982 contre sa gestion. Gaston Defferre est notamment condamné en avril 1982 en première instance à 1 500 F d'amende et à verser un franc symbolique de dommage et intérêt à Jacques Chirac pour diffamation après avoir accusé la Ville de Paris ainsi que son maire, Bernard Pons et Charles Pasqua d'avoir bénéficié de largesses et perçu de l'argent au profit de la municipalité de la part du cercle de jeu Haussmann dirigé par Marcel Francisci, assassiné en mars 1982. Un reportage de TF1 dénonce les conditions de vie des pensionnaires de la maison médicale de Cachan, puis une enquête de Libération vise les « bureaux d'études » utilisés par la Ville et enfin le Canard enchaîné accuse le président du RPR d'avoir financé en partie sa campagne de 1981 à partir de fonds reçus du régime Gabonais d'Omar Bongo par le biais d'ELF Aquitaine et de son « Monsieur Afrique », André Tarallo, ancien condisciple de Jacques Chirac à l'ENA66 (une accusation que Valéry Giscard d'Estaing réitèrera en 2009, à la mort de Bongo). Enfin, de nombreuses figures du gouvernement ou de la majorité s'investissent personnellement dans les différentes listes menées à l'échelle de la ville par Paul Quilès (lui-même candidat dans le 13e arrondissement), à l'instar du Premier secrétaire du PS Lionel Jospin dans le 18e arrondissement face à Alain Juppé, le ministre de la Culture Jack Lang dans le 3e contre Jacques Dominati ou encore le ministre délégué de la Jeunesse et des Sports Edwige Avice dans le 14e pour combattre Christian de La Malène.

Pourtant, le jour du scrutin, les listes de la majorité parisienne sortante (unissant cette fois-ci l'ensemble de la droite de gouvernement) obtiennent non seulement facilement leur maintien à la tête de la capitale, avec plus des deux tiers (67,29 %) des conseillers de Paris, mais le camp chiraquien réussit également à remporter le « grand chelem » en obtenant les vingt mairies d'arrondissement (treize RPR, cinq UDF dont deux PR, deux CDS et un radical valoisien, et deux CNI). Sa fonction de maire de la capitale lui donne les moyens de s'opposer directement à la majorité socialiste et à certains « grands projets présidentiels ». Ainsi, obtient-il que François Mitterrand renonce, le 5 juillet 1987, à son ambition de voir Paris organiser l'exposition universelle de 1989.

Vers les élections législatives et la cohabitation

Dès le 14 janvier 1983, dans un entretien accordé au magazine L'Express, l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing envisage un changement de majorité aux prochaines législatives, avec un retour au pouvoir de la droite, sans que celle-ci n'attende ou ne demande alors la démission de François Mitterrand de la présidence de la République. Ce concept est bientôt repris au RPR. Un des proches de Jacques Chirac, Édouard Balladur, donne même, dans un entretien au quotidien Le Mondedu 16 septembre 1983, un nom à cette situation : la « cohabitation », terme retenu ensuite par l'ensemble des médias et de la classe politique. Deux jours plus tard, sur la radio RTL, le maire de Paris évoque à son tour l'éventualité d'une nouvelle majorité et se prononce en faveur de la cohabitation : selon lui, François Mitterrand ayant apparemment l'intention d'aller au bout de son mandat quoi qu'il arrive, les électeurs ne comprendraient pas que la droite, si elle est victorieuse, refuse de gouverner sous le prétexte que le président ne démissionne pas, ce qui pourrait être interprété comme une atteinte aux institutions. Il s'oppose sur ce point à Raymond Barre, qui n'a pas abandonné l'espoir de prendre la tête de l'opposition : le 10 juillet 1984, l'ancien Premier ministre décrit une éventuelle cohabitation comme une « trahison du principe de la Ve République », ce à quoi Jacques Chirac réplique que le refus de la cohabitation pourrait aboutir à « une crise de régime ».

En septembre 1983, alors que lors d'élections municipales partielles, une liste de rassemblement entre Jean-Pierre Stirbois (Front national) et Jean Hieaux (RPR) conquiert la mairie de Dreux, Jacques Chirac juge cette alliance « tout à fait naturelle », bien qu'elle suscite des polémiques dans son parti67.

Quoi qu'il en soit, Jacques Chirac s'attache à rapprocher le RPR de l'UDF, et tient à rassurer ce dernier concernant sa vision de l'Europe en modérant largement son propos depuis le fameux appel de Cochin et en proposant, dès juin 1983, la constitution d'une liste d'union dirigée par la très européiste Simone Veil aux élections européennes du 17 juin 1984. Cette liste arrive alors largement en tête, avec 43,02 % des suffrages (mais une abstention encore plus forte, à 43,27 %) et 41 sièges de députés européens sur les 81 alloués à la France, le PS n'obtenant que 20,45 % des suffrages et le PC 11,2 %. Le 10 avril 1985, une semaine après l'instauration de la proportionnelle pour les législatives et dont il critique « l'esprit de tricherie », il signe avec Jean Lecanuet, président de l'UDF, un accord pour « gouverner ensemble » (la plate-forme commune des deux partis pour les législatives sera quant à elle signée le 16 janvier 1986). Un mois plus tard, le 8 juin, il est présent, aux côtés de Raymond Barre, à la « convention libérale » réunie à Paris pour rassembler l'opposition à l'initiative de Valéry Giscard d'Estaing.

Il tente également de transformer son image et travaille activement sa communication en vue des législatives. Pour ce faire, il fait appel à partir d'octobre 1981 aux services du publicitaire Élie Crespi, dont le but avoué est de travailler son style et de contrôler son attitude afin de casser son image d'énarque raide et de révéler le « véritable Chirac », « rude et généreux », chaleureux, aimant les choses simples mais appréciant également la poésie dont Saint-John Perse et les objets d'art. Il le fait ainsi changer de lunettes, abandonner son costume trois pièces, lui fait recevoir à l'hôtel de ville de Paris des écrivains, des artistes ou des acteurs, ou le pousse à être le premier homme politique à accepter de participer à l'émission satirique de l'imitateur Patrick Sébastien. À l'approche du scrutin, au printemps 1985, il change à nouveau d'équipe de communication en la confiant cette fois-ci à Bernard Brochand et Jean-Michel Goudard. Ces derniers, déjà responsables de la campagne du RPRaux législatives de 1978, s'attachent à montrer au grand public un Jacques Chirac serein et responsable68,69.

Très médiatisé (il est l'invité à quatre reprises de L'Heure de vérité sur Antenne 2 entre juin 1982 et février 198670), il multiplie les déplacements dans toute la France(durant la campagne des législatives, il visite pas moins de cent cinquante villes, prononce deux cents discours et parcourt quelque 80 000 km) et se rend même en Nouvelle-Calédonie à la fin du mois de septembre 1985 (en plein cœur des Évènements qui opposent violemment depuis un an partisans et opposants à l'indépendance, il s'oppose au projet d'« indépendance-association » proposé par Edgard Pisani et le gouvernement socialiste dans un grand meeting « bleu, blanc, rouge » sur la place des Cocotiers à Nouméa, devant 7 000 personnes, mais se dit favorable à l'organisation d'un référendum d'autodétermination ouvert à tous les néo-calédoniens, quelles que soient leurs origines). Il se forge également une assise internationale, par le biais notamment de sa fonction de maire de Paris, et est l'un des principaux participants (aux côtés de certains dirigeants du monde occidental de l'époque à commencer par le Premier ministre britannique Margaret Thatcher, le vice-président américain George Bush ou le chancelier allemand Helmut Kohl) à la réunion de l'hôtel InterContinental de Londres le 24 juin 1983 où fut fondée l'Union démocrate internationale (UDI), grande association regroupant à l'échelle internationale les grands partis de droite et dont Jacques Chirac devient l'un des vice-présidents71.

Finalement, son rôle de chef de l'opposition lui est reconnu et s'affirme lors d'un débat télévisé sur TF1 qui l'oppose le 27 octobre 1985 au Premier ministre Laurent Fabius (Raymond Barre avait lui aussi été sollicité mais avait refusé cette confrontation). Activement préparé par Édouard Balladur et Alain Juppé pour faire face au jeune chef de gouvernement considéré comme un maître de la communication et un excellent orateur, et afin de démontrer sa cohérence idéologique contestée depuis son passage du « travaillisme à la française » au libéralisme, Jacques Chirac obtient l'avantage sur son adversaire. Ses partisans soulignent une attitude calme et posée face à un Premier ministre offensif voire agressif, refusant de lui serrer la main devant les photographes, l'accusant de « dire n'importe quoi » et l'interrompant quatre-vingt-onze fois (quand Jacques Chirac ne le coupe en retour que vingt-cinq fois). Jacques Chirac finit par répliquer par un : « Cessez de m'interrompre comme un roquet », attaque ad personam et métaphore qui symbolisent aux yeux des observateurs l'ascendant pris par le président du RPR sur Laurent Fabius72. Une étude Sofres pour Europe 1 publiée le lendemain montre que 44 % des personnes interrogées le considèrent comme le vainqueur du débat (contre 24 % pour le Premier ministre, 28 % estimant le match nul et 4 % restant sans opinion), tandis que sa popularité passe de 57 à 70 % chez les électeurs de droite et de 9 à 17 % à gauche. Il apparait surtout moins autoritaire (73,4 % des sondés le considéraient ainsi à 19 h 30, avant le débat, ils ne sont plus que 57 % à 21 heures), plus convaincant (25 % avant, 32 % après) et plus sympathique (il passe dans ce domaine de 15 à 26 %). Un sondage Ifrès pour France-Soir montre quant à lui que Jacques Chirac l'a remporté sur son adversaire sur les thèmes de la sécurité, l'immigration (37 contre 28 % pour ces deux domaines), l'incitation aux entreprises à embaucher (41 contre 27 %), la défense des intérêts de la France dans le monde (37 contre 36 %) et la gestion d'une crise grave (35 contre 31 %)73.

Il apparait que la droite est en bonne position pour l'emporter aux législatives, la cote de François Mitterrand passant de 32 % de satisfaits en 1983 à 28 % en 1984 selon des sondages de l'Ifop et la gauche perdant à nouveau les élections cantonales en 1985 (57,79 % de voix à droite)74

 

 

1986 - 1988 : première cohabitation
Jacques Chirac et le chancelier allemand Helmut Kohl, en 1987.

Le 16 mars 1986, lors des élections législatives à la proportionnelle, l'union RPR-UDF obtient deux sièges de plus que la majorité absolue (291 députés sur 577). Le RPR-UDF recueille 41 % des voix, le FN 10 %, tandis que le PS baisse (mais à un niveau moindre que prévu) à 31 % et que le PCF obtient 10 %75. Le RPR est le premier groupe de la majorité avec 155 membres et apparentés, mais le deuxième de l'hémicycle, derrière le PS. L'UDF compte 129 députés.

Le même jour que les législatives, les élections régionales, les premières, confirment mais bien plus nettement, la décrue de la gauche. La droite obtient la présidence et la majorité dans 20 régions sur 2276.

Jacques Chirac, président du plus important parti de la majorité à l'Assemblée nationale, est nommé Premier ministre le 20 mars. C'est la première cohabitation entre un président de gauche et une majorité parlementaire de droite. Outre lui-même, le gouvernement Chirac compte initialement 37 membres, nombre porté à 40 cinq jours plus tard, à savoir : un ministre d'État (un de ses plus proches alliés au sein du RPRÉdouard Balladur, chargé de l'Économie, des Finances et des Privatisations), 13 ministres (6 RPR, 5 UDF se répartissant entre 2 PR, 2 CDS et 1 radical, et 2 indépendants), 10 ministres délégués (8 RPR et 2 UDF-PR) et 16 secrétaires d'État (9 UDF dont 4 CDS, 3 PR, 1 radical et 1 PSD, 6 RPR et 1 indépendant). Les trois personnalités issues de la société civiles qui font leur entrée dans son ministère sont le diplomate Jean-Bernard Raimond (jusque-là ambassadeur en URSS) au ministère des Affaires étrangères, le président de la FNSEA François Guillaume à l'Agriculture et le French doctor Claude Malhuret (directeur général de Médecins sans frontières) comme secrétaire d'État aux droits de l'Homme.

Dans son discours de politique générale prononcé devant l'Assemblée nationale le 9 avril, il déclare : « Notre nouvelle frontière, ce doit être l'emploi »77. Le lendemain, il obtient la confiance des députés par 292 voix (l'ensemble des groupes RPR et UDF, 5 non inscrits sur 9 et un député d'extrême droite sur 35) contre 285.

Il continue toutefois à exercer ses fonctions de maire de Paris, et à habiter dans son logement de fonction de l'Hôtel de Ville plutôt qu'à Matignon : chaque matin, il donne ainsi tout d'abord ses directives sur les grands dossiers municipaux avant de rejoindre son bureau de chef de gouvernement. Ce cumul de mandats lui permet alors notamment d'être le principal défenseur de la candidature de la capitale française pour l'organisation des Jeux olympiques d'été de 1992, et il mène ainsi la délégation parisienne à la 91e session du CIO à Lausanne le 17 octobre 1986 : Paris y est battu au troisième tour par Barcelone, arrivant en seconde position avec 23 voix contre 47 à la capitale catalane, mais se déclare quand même satisfait de la victoire d'Albertville pour les Jeux olympiques d'hiver la même année78.

L'une de ses premières mesures, dès le 20 mai, est de revenir sur la proportionnelle et de rétablir le scrutin uninominal majoritaire à deux tours dans le cadre de 577 nouvelles circonscriptions établies par une commission présidée par Charles Pasqua.

Politique économique et de l'emploi
Jacques Chirac dans les années 1980, durant la première cohabitation.

Comme promis lors de la campagne, il met en place une politique libérale sur le plan économique, avec une importante vague de privatisationsd'entreprises publiques nationalisées à la fin de la Seconde Guerre mondiale (la banque Société générale, la société de défense, d'aéronautique-aérospatiale, de transport et télécommunications Matra, l'agence médiatique et publicitaire Havas et le groupe d'assurances mutuelles MGF) ou par les gouvernements socialistes de Pierre Mauroy entre 1981 et 1983 (les banques ParibasCCF et du BTP, le groupe de télécommunication Compagnie générale d'électricité CGE qui devient Alcatel-Alsthom, le producteur et transformateur de matériaux Saint-Gobain, la Compagnie financière Suez), ainsi que de l'une des trois chaînes publiques, TF1. Organisées et gérées par Édouard Balladur, seul ministre d'État du gouvernement et titulaire des portefeuilles de l'Économie et des Finances, elles se sont surtout réalisées par le biais de souscriptions publiques par des petits actionnaires et ont ainsi permis à l'État de vendre des actifs publics pour un montant oscillant, selon les sources, entre 70,5 (hypothèse du Quid79) et 100 milliards de francs (valeur 1999, selon l’édition 2001 de L’État de la France - La Découverte).

Pour lutter contre le chômage, le gouvernement décide de rendre le marché du travail plus flexible en supprimant, dès le 8 juin 1986, l'autorisation administrative de licenciement, et prend une série de mesures visant à encourager l'investissement et l'entreprise privée (loi de finances rectificative du 16 avril 1986 supprimant l'impôt sur les grandes fortunes IGF et décidant une amnistie fiscale et douanière pour les capitaux rapatriés, loi du 19 novembre 1986 autorisant les activités privées dans le commerce, l'artisanat, les services, libération des prix, soumis à un contrôle depuis 1945, à compter du 1er janvier 1987, et mise en place le 17 juin suivant d'incitations fiscales au développement des stock options) ainsi que l'épargne des salariés par la relance du vieux projet gaulliste de la participation (par les ordonnances du 15 octobre 1986, tout en assouplissant les règles de l'intéressement et de l'abondement de l'entreprise au PEE). S'y associent plusieurs mesures sociales en faveur de l'emploi engagées par le ministre des Affaires sociales Philippe Séguin, dont l'ordonnance du 11 août 1986 subordonnant le recours au travail intermittent par les entreprises à la signature d'un accord préalable, la loi du 10 juillet 1987 pour la lutte contre le chômage de longue durée et celle, entrée en vigueur le même jour, en faveur de l'emploi des travailleurs handicapés qui introduit pour la première fois dans le code du travail la notion d'« Obligation d'emploi » pour ces derniers, avec une politique de discrimination positive instaurant un quota de 6 % d'employés handicapés dans les entreprises de plus de 20 salariés. 710 000 stages « emploi-formation » pour les jeunes de 16 à 25 ans sont également créés.

Cette politique, aidée par une meilleure conjoncture internationale et une baisse du prix du pétrole, semble en partie porter ses fruits et permet à la France de se ré-aligner en partie sur le « bon élève » de l'Europe qu'est la République fédérale d'Allemagne sur le plan de l'inflation (dont le taux repasse en 1986 sous la barre des 4 % pour la première fois depuis 1968, en s'établissant autour des 3 %, sans pour autant obtenir de réelle inversion de la tendance économique35) notamment. L'investissement industriel se redresse à 4,5 % du PIB en 1987 et 10 % en 1988, et profite à un nombre important de PME dynamiques qui favorisent le freinage du chômage (passant de 10,5 % des actifs en 1986 à 10,3 % en 1987 puis à 9,8 % en 1988) sans obtenir toutefois une réelle stabilisation80. La croissance du PIB passe de 2 % à la fin de l'année 1986 à près de 4,5 % au début 1988, entraînant dans le même temps une stabilisation des taux d'intérêt réels sur 3 mois de la dette publiqueet une baisse de ceux sur 10 ans. Toutefois, le taux de croissance reste inférieur au coût réel moyen de la dette, et ne permet donc pas d'entamer un réel remboursement de cette dernière81,82.

Politique de sécurité et d'immigration

Autre pilier de son gouvernement, et lui aussi gaulliste historique et proche de Jacques Chirac, le ministre de l'Intérieur Charles Pasqua met l'accent sur la lutte répressive contre l'insécurité. Une série de lois est votée le 7 août 1986, concernant la criminalité, la délinquance, le terrorisme et les atteintes à la sûreté de l'État. La politique de Chirac et Pasqua est aussi marquée par quelques actions symboliques dans le domaine de la lutte contre le terrorisme (alors qu'une vague d'attentats a touché Paris en 1986), comme l'arrestation le 21 février 1987 des membres d'Action directe ou la libération des otages du Liban, le 4 mai 1988.

Pour l'aider dans le domaine de l'antiterrorisme, Jacques Chirac décide, dès son installation en mars 1986, la création d'un Conseil national de sécurité (sur le modèle du National Security Council américain) rattaché à Matignon et comprenant des fonctionnaires de l'Intérieur, de la Justice, de la Défense et des Affaires étrangères, mais aussi de la Sous-Direction Anti-terroriste (SDAT) à la direction centrale de la Police judiciaire et d'une chambre spécialisée dans les actes de terrorisme. Il met l'accent dans ce domaine sur plus de coopération internationale, notamment en favorisant l'extradition de terroristes vers les pays où ils ont commis des exactions, selon la Convention de Strasbourg de 1977 signée par la France mais jamais ratifiée, entraînant de vives divergences avec le président de la République qui y est opposé. La lutte contre la drogue est également renforcée selon un axe plus répressif à travers un plan présenté le 23 septembre 1986 par le garde des Sceaux Albin Chalandon : celui-ci demande une application stricte de la loi de 1970 (qui considère le toxicomane comme un délinquant) et aggrave les peines contre les trafiquants.

Par ailleurs, Chirac alourdit considérablement les conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français. D'une part, la loi dite Pasqua du 9 septembre 1986 rend plus difficile l'accès à la nationalité française, restreint l'accès à la carte de séjour de 10 ans, et permet des expulsions par décision préfectorale. 101 Maliens sont ainsi expulsés dès le 18 octobre suivant83. D'autre part, à la suite de la vague d'attentats, Paris suspend tous les accords de dispense du visa d'entrée et rétablit l’obligation du visa d’entrée pour les ressortissants de la totalité des États du monde, à l’exception de ceux de la Communauté européenne, de la Suisse, du Liechtenstein, de Monaco, de Saint-Marin et du Saint-Siège. L'accord européen sur le régime de circulation des personnes entre les pays membres du Conseil de l'Europe et celui relatif à la suppression du visa pour les réfugiés sont suspendus. Outre le visa d'entrée, Chirac impose, via une circulaire non publiée du 28 novembre 1986, un visa de sortieque les étrangers résidant en France devaient demander pour voyager. Le Gisti (Groupe d'information et de soutien aux travailleurs immigrés) attaqua en justice cette circulaire, et gagna au bout de six ans de procédures, le 22 mai 1992, devant le Conseil d'État84.

Selon la même volonté de rétablir « l'ordre républicain », le gouvernement revient totalement sur la politique menée par les socialistes depuis 1984 face au conflit opposant partisans et opposants de l'indépendance en Nouvelle-Calédonie : le statut Fabius-Pisani en vigueur depuis 1985 est révoqué et remplacé par le statut dit Pons I, du nom du ministre des DOM-TOM Bernard Pons. Celui-ci prévoit notamment un référendum d'autodétermination limité aux seuls citoyens pouvant justifier 3 années de résidence dans l'archipel, organisé le 13 septembre 1987 : boycotté par les indépendantistes (qui réclament un référendum auquel ne participeraient que les Kanaks), il se solde par une victoire massive du maintien au sein de la République, choisi à 98,3 % des suffrages exprimés et avec une participation de 59,1 % des inscrits. Dès l'annonce du résultat, Jacques Chirac, qui s'était déjà déplacé une première fois sur le Territoire en août 1986, se rend sur place pour annoncer, devant 20 à 25 000 loyalistes acquis à sa cause, sa volonté d'établir une autonomie du territoire associant toutes les tendances politiques, le maintien du pouvoir d’arbitrage de l’État, la redéfinition et le renforcement des pouvoirs des régions et la représentation du pouvoir coutumier. Dans le même temps, les effectifs des forces de l'ordre présentes en Nouvelle-Calédonie sont sans cesse renforcés pour surveiller par « nomadisation » les tribus.

Politique étrangère et de défense

Concernant les affaires étrangères et de la défense, considérées comme faisant partie du « domaine réservé » du président de la République, il semble y avoir, tout du moins officiellement, une identité de vues entre l'Élysée et Matignon. Dans les faits, chacune des deux têtes de l'exécutif tente de prendre l'avantage sur l'autre dans ces domaines. Ainsi, lorsque, le 12 avril 1986, la France, par la voix de François Mitterrand (Jacques Chirac étant en déplacement en Côte d'Ivoire), refuse la requête des États-Unis de faire traverser par des avions américains le territoire français dans le but d'aller bombarder les bases terroristes en Libye ; les deux hommes revendiquent ensuite la paternité de cette décision (le président déclarant l'avoir prise après avoir consulté les ministres concernés et n'en avoir informé son Premier ministre qu'ensuite, et ce dernier au contraire affirme que le chef de l'État l'a contacté pour prendre son avis et que c'est lui qui l'a convaincu de refuser). D'autres dissensions se font jour, notamment sur la question de l'Initiative de défense stratégique (IDS) américaine, le Premier ministre critiquant dans une conférence de presse du 22 mai 1986 l'attitude négative de la France et du président de la République à son égard.

Jacques Chirac estime également normal qu'il accompagne François Mitterrand aux grandes réunions internationales. Il se rend ainsi à ses côtés au sommet du G7 de Tokyo du 4 au 6 mai 1986 (il n'en avertit l'Élysée qu'après avoir contacté le gouvernement japonais) : c'est alors la première fois qu'un des États membres est représenté par deux chefs de l'exécutif, créant de fait certains problèmes de protocole. Il est de nouveau présent l'année suivante, du 8 au 10 juin 1987, au G7 de Venise, et participe également aux réunions du Conseil européen. Le 27 mai 1986, il rencontre pour la seconde fois le dalaï-lama, en visite en France85,86.

Mais, en règle générale, les deux hommes tentent de parler d'une seule voix et restent d'accord sur l'essentiel de la diplomatie française, comme en témoigne le fait que la nouvelle majorité ratifie sans heurt le 16 décembre 1986 l'Acte unique européen, signé par le précédent gouvernement socialiste le 28 février. De même, l'Élysée et Matignon prennent conjointement la décision, le lendemain, de parachuter du matériel aux troupes Tchadiennes, afin de se défendre contre l'armée Libyenne qui a investi la région du Tibesti, et de procéder à des bombardements français au nord du 16e parallèle nord à compter du 5 janvier 1987 en riposte à un bombardement libyen au sud de cette ligne. Ils font également l'état d'une totale convergence de vue concernant la crise des euromissiles.

Relations tendues avec le président Mitterrand

 

 

Madonna pendant son Who's That Girl Tour(août 1987).

Mais la cohabitation est avant tout l'occasion d'une guerre de tranchées entre le Premier ministre et le président, le premier affirmant son contrôle de la politique intérieure et le deuxième cherchant à défendre sa « chasse gardée » (affaires étrangères et défense). De plus, François Mitterrand critique ouvertement l'action de son Premier ministre et se pose en président impartial. Il refuse de signer des ordonnances (celles sur les privatisations, sur le découpage électoral ou sur l'aménagement du temps de travail, notamment) et Jacques Chirac doit recourir à l'article 49 al 3. La stratégie du président favorise la lassitude de l'opinion vis-à-vis de la méthode et des réformes du gouvernement, dont certaines sont mal comprises et impopulaires (notamment la suppression de l'IGF ou l'amnistie pour les fuites de capitaux).

Confronté à une série de mouvements sociaux étudiants ou des services publics durant l'hiver 1986-1987, il paye surtout la défiance de la jeunesse, à laquelle son ministre Alain Devaquet s'est heurté en novembre 1986, et la mort d'un étudiant manifestant, Malik Oussekine, tué par les forces de l'ordre le 6 décembre, pousse le ministre à démissionner et le chef du gouvernement à retirer le projet de loi de réforme de l'enseignement supérieur. Il paye également l'image de son ministre Charles Pasqua, populaire à droite mais détesté à gauchequi l'accuse de chasser sur les terres de l'extrême droite. Par conséquent, selon les sondages IFOP pour Le Journal du dimancheFrançois Mitterrand redevient plutôt populaire entre 1986 et 1987 (alors que sa cote d'opinions favorables était tombée à 31 % contre 48 % d'insatisfaits en 1985, elle remonte à 55 % en juin 1986 et culmine à 57 % lors du début des manifestations étudiantes), tandis que le taux de satisfaits de Jacques Chirac, établi à 51 % en octobre 1986, se fait dépasser par le nombre d'insatisfaits de sa politique en février 1987 (39 % contre 48 %). À partir de ce moment, il décide de mettre en suspens certaines des réformes prévues (notamment de l'enseignement, le projet de création de prisons privées ou du code de la nationalité) et de ralentir le rythme des privatisations en attendant l'élection présidentielle de 198887.

C'est dans cette optique qu'en août 1987, Jacques Chirac, sur les conseils de sa fille Claude88, décide d'autoriser le concert du 29 août de la chanteuse américaine Madonna au parc de Sceaux, malgré les vives protestations du maire UDF de la ville Pierre Ringenbach89 : le 28 août, la star en tournée mondiale avec son Who's That Girl Tour est reçue à l'Hôtel de Ville, où elle offre à Line Renaud et son Association des artistes contre le sida une partie des recettes de son concert pour un montant de 500 000 F. Le geste, accompagné d'un entretien au magazine pour adolescents Podium dans lequel le Premier ministre annonce une baisse de la TVA sur le disque90 et le lancement d'une chaine de télévision musicale (la future M6), est vivement commenté par la classe politique française91 et vu comme une tentative de s'attirer le vote des jeunes pour la présidentielle92,93,94.

1988 : deuxième candidature à l'élection présidentielle

Le 16 janvier 1988, Jacques Chirac annonce depuis l'hôtel Matignon qu'il se présente à l'élection présidentielle. Son directeur de campagne est à nouveau Charles Pasqua, et Alain Juppé son porte-parole. Confronté à la remontée spectaculaire de François Mitterrand dans les sondages, et à une « primaire » à droite qui l'oppose au premier tour à Raymond Barre, investi par l'UDF, il se lance dans une tournée dans toute la France pour expliquer sa politique. Son équipe de communication, toujours menée par Bernard Brochand et Jean-Michel Goudard, mais incluant désormais également sa fille Claude Chirac, tente de le réconcilier avec le grand public : il apparaît ainsi pour la première fois sans ses éternelles lunettes sur ses affiches électorales, en simple chemise, l'air décontracté et bienveillant69, avec pour slogan un seul mot, « la volonté »95. Il reçoit également, de manière plus active qu'en 1981, l'appui de personnalités du spectacle, du cinéma ou de la chanson, comme en témoigne le « On a tous en nous quelque chose de Jacques Chirac » de Johnny Hallyday, qui reprend ainsi son Quelque chose de Tennessee en faveur du candidat du RPR lors d'un concert de soutien à l'hippodrome de Vincennes le 20 mars96.

Au premier tour, le 24 avril, il obtient seulement 19,9 % des suffrages exprimés (soit un score à peine supérieur à celui de 1981), étant talonné à droite par Raymond Barre, qui recueille 16,5 %97. Les deux candidats de droite se trouvent largement distancés par François Mitterrand (34,1 %), même si leurs scores cumulés placent la droite en tête du premier tour de scrutin. Immédiatement, l'ancien Premier ministre sous Valéry Giscard d'Estaing appelle à voter pour Jacques Chirac au second tour. Mais surtout, avec 14,4 % des voix, Jean-Marie Le Pen confirme l'ascension électorale connue par l'extrême droite depuis le début des années 1980 et le report de ses électeurs devient l'un des enjeux de cette élection. Le journaliste Éric Zemmour a rapporté que Jacques Chirac aurait eu une entrevue secrète avec le président du Front national entre les deux tours, ce qu'il a toujours nié. En fait, il y aurait eu deux rencontres selon Franz-Olivier Giesbert. La première se serait déroulée un mois avant le premier tour par l'intermédiaire d'un ami commun, le général Pierre de Bénouville. Il s'agissait d'une prise de contact afin que les deux hommes puissent se jauger. Une seconde rencontre aurait eu lieu entre les deux tours. Cette fois, Charles Pasqua fut l'intermédiaire qui organisa l'entrevue chez un ami armateurf. L'attitude qu'adopte alors Jacques Chirac vis-à-vis de Jean-Marie Le Pen fait l'objet de récits contradictoiresg. Lors de son allocution du 1er mai 1988Jean-Marie Le Pen ne pouvait plus que déclarer : « Pas une voix pour Mitterrand ! » laissant ses électeurs libres de choisir entre le vote blanc et le bulletin Chirach[réf. non conforme]. Depuis cette date, Jean-Marie Le Pen nourrit une rancune envers Jacques Chirac.

Le 28 avril, lors d'un débat télévisé particulièrement rugueux, François Mitterrand, qui a déjà l'expérience de deux de ces faces-à-faces, prend l'ascendant sur son Premier ministre (les médias retiendront sa répartie cinglante et ironique à un Jacques Chirac insistant à l'appeler M. Mitterrand et non M. le président : « Mais vous avez tout à fait raison, M. le Premier ministre »), et lui affirme « dans les yeux » qu'il l'avait informé de l'implication dans les attentats de Paris de 1986 du diplomate iranien Wahid Gordji, pourtant libéré en novembre 1987 et renvoyé dans son pays, apparemment dans le cadre des tractations concernant les otages au Liban.

Les derniers jours de la campagne sont marqués par deux évènements, en outre-mer et au Proche-Orient, qui vont fortement marquer l'opinion. Ainsi, le 4 mai, le ministre de l'Intérieur Charles Pasqua se rend personnellement au Liban pour ramener les trois otages français, retenus en captivité dans ce pays du Proche-Orient depuis trois ans, pour les ramener en France où ils sont accueillis, le 5, par Jacques Chirac. Officiellement, le gouvernement français n'a payé aucune rançon, mais Matignon doit admettre le 6 qu'un accord a été signé avec l'Iran, lequel, en contrepartie de la libération des otages, prévoit le rétablissement du statut d’actionnaire de l’Iran dans Eurodif et la livraison « sans restriction » d’uranium enrichi à Téhéran98. À la même période, l'affaire de la prise d'otages d'Ouvéa en Nouvelle-Calédonie, commencée deux jours avant le premier tour (le 22 avril, des indépendantistes kanaks du FLNKS ont attaqué la gendarmerie de Fayaoué sur l'île d'Ouvéa, tuant quatre gendarmes et prenant les vingt-sept autres en otages, dont la plupart sont emmenés dans la grotte de Gossanah), se termine dans le sang le 5 mai par l'opération Victor (la grotte est prise d'assaut par des membres des forces spéciales sur ordre de Matignon et avec l'accord de l'Élysée, entraînant la mort de dix-neuf preneurs d'otages et de deux militaires, mais tous les otages sont libérés).

Au soir du second tour de l'élection le 8 mai 1988, Jacques Chirac subit une défaite assez importante en n'obtenant que 45,98 % des voix. Son camp est démoralisé, et son épouse va jusqu'à affirmer : « les Français n'aiment pas mon mari ». Lui-même souhaite : « Bonne chance à la France et bonne chance aux Français ». Deux jours plus tard, le 12 mai, il cède l'Hôtel Matignon au grand rival de François Mitterrand au sein du PSMichel Rocard, et le 15, l'Assemblée nationale, toujours majoritairement à droite, est dissoute.

1988 - 1995 : l'ultime marche pour atteindre l'Élysée

Aux élections législatives qui suivent la reconduction de François Mitterrand à la tête de l'État, il est réélu sans difficulté député dans la nouvelle 3e circonscription de la Corrèze, née du découpage de 1986, et cela dès le premier tour, le 5 juin 1988, avec 58,04 % des voix. Au niveau national, le RPR reste la première force d'opposition et limite quelque peu sa défaite, puisqu'il conserve tout de même 130 sièges sur 577, contre 275 au PS et 90 à l'UDF. Les 41 députés du CDS forment quant à eux un groupe à part, l'Union du centre, qui s'allie à la majorité socialiste et à la politique « d'ouverture » prônée par Michel Rocard. En mars 1989, il est réélu triomphalement maire de Paris en remportant pour la seconde fois le « grand chelem », et à nouveau il s'emploie à se servir de cette position pour contrer les « grands travaux présidentiels ». Ainsi, en 1991, le conseil de la ville vote le plan d'aménagement de zone de la ZAC Seine Rive Gauche, qui doit apporter la marque « chiraquienne » à ce quartier où est en train de se construire la Très Grande Bibliothèque (nouveau siège principal de la Bibliothèque nationale de France, voulu par le président de la République).

Multiplication des courants internes au RPR
Jacques Chirac en 1990.

Mais encore une fois, l'opposition est agitée de remous, d'autant qu'une première démocratisation dans le mode de fonctionnement du mouvement chiraquien entraîne la reconnaissance par la direction des courants internes dès juillet 1989, et laisse donc place aux premières contestations internes.

Celles-ci viennent essentiellement à partir de 1989 d'un groupe de douze jeunes parlementaires trentenaires ou quadragénaires issus autant du RPR (le député-maire d'Épinal et ancien ministre des Affaires sociales Philippe Séguin, le député-maire de Lyon Michel Noir, celui de Grenoble Alain Carignon, le député président du conseil général de Savoie Michel Barnier, le député-maire de Sablé-sur-Sarthe François Fillon et le député adjoint au maire de Versailles Étienne Pinte) que de l'UDF (le président du groupe UDF à l'Assemblée nationale et de la Région Rhône-Alpes Charles Millon, le député président du conseil général de Vendée Philippe de Villiers et le député François d'Aubert pour le PR, le député-maire de Toulouse Dominique Baudis, celui d'Posté par POLITIQUE PACA à - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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