CHRISTINE LAGARDE à la BCE :
En Marche vers les EUROBONDS ?
(Jean Goychman)

 

 

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La négociation ou plutôt le marchandage du somment européen de la semaine dernière était de fait l’acte de décès politique de la Chancelière allemande Angela Merkel. Elle n’a pas réussi à imposer son candidat Manfred Weber à la présidence de la Commission Européenne. Emmanuel Macron n’en voulait pas pour différentes raisons et probablement pas uniquement celles invoquées.


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Emmanuel Macron ne veut plus de la rigueur budgétaire

Alors qu’il s’était fait élire sur l’idée que le couple franco-allemand devait sortir la construction européenne de l’ornière dans laquelle elle s’est elle-même enlisée depuis le référendum de 2005 et surtout la crise de 2008 qui a fait voler en éclat les fameux critères de Maastricht, il n’a pas été capable de réduire le déficit public et par conséquent n’a pas pu maîtriser notre dette qui court allègrement vers les 100% du PIB

Bien sûr, d’aucuns invoqueront le climat social, les Gilets Jaunes, le prix du carburant et tout un tas d’événements conjoncturels, n’empêche que, vis à vis des prétentions qu’il affichait à pousser l’Allemagne à mettre en place un ministre des finances de l’euro, c’est plutôt mal engagé…

Comment fonctionne la BCE

Car nous vivons une drôle d’époque. La BCE, dont le rôle unique est de maintenir l’inflation dans la zone euro autour de 2%, doit aujourd’hui, pour empêcher une nouvelle crise de la dette,  maintenir les taux d’intérêts les plus bas possible. Et pour cela, il faut qu’il y ait beaucoup d’argent disponible.

Comment la BCE peut-elle créer de l’argent ? Très simplement, en imprimant des billets qu’on appelle de la monnaie « fiduciaire ». Comment procède-t-elle ? En faisant  ce que les banquiers appellent des « rachats d’actifs » La BCE rachète donc des dettes des Etats européens membres de la zone euro, au travers des banques qui leur prêtent. Ainsi, son bilan est équilibré ; elle transforme l’argent créé en actifs dans son bilan. En théorie, ces dettes pourraient être revendues et la BCE ferait les écritures inverses.

Là où les choses se compliquent, c’est qu’il n’y a pas d’acquéreurs pour ces dettes qui resteront « ad vitam æternam » dans son bilan. Pour qu’il y ait des acquéreurs, il faudrait que les taux du crédit augmentent. Or, ils sont négatifs aujourd’hui.
Ce « tour de bonneteau » n’est pas simple à comprendre…
Pour simplifier, la BCE, comme toutes les banques centrales, crée de la « fausse monnaie » (comme n’importe quel faux-monnayeur qui l’imprimerait dans sa cave), mais avec le pouvoir de lui donner une valeur « légale ».

Pour le mettre en circulation, elle l’échange contre des « dettes d’État » détenues par des « marchés financiers », c’est à dire des banques privées. Ces banques sont très contentes de trouver quelqu’un qui leur rachète en nettoyant ainsi leur propre bilan. Comme ces établissements sont tous plus ou moins dépendants les uns des autres, la chute de l’un peut entraîner celles des autres. Cela s’appelle « le risque systémique »

Par contre, cela ne change rien pour les États qui doivent maintenant de l’argent à la BCE. Comme elle ne peut pas revendre ces dettes compte tenu du faible taux de crédit associé à un risque de défaut important, il faudrait alors augmenter ces taux.

Si les taux remontent, on est mal...

Mais si les taux des nouvelles dettes augmentent, les anciennes trouveront encore moins preneur. Comme les payeurs – en dernier ressort – seront toujours les contribuables et que ceux-ci ne peuvent payer en impôts plus que ce qu’ils gagnent, il  y a là une limite. Lorsque celle-ci est atteinte, le pays ne peut plus ni emprunter, ni rembourser  et se trouve mis en « défaut », ce qui correspond à une sorte de faillite.

Pour éviter cela, le Traité de Maastricht, d’inspiration très fédéraliste, portait en filigrane une sorte de « mise en commun » des dettes des pays de la zone euro.
Au début, compte-tenu des fameux « critères de convergence » il y avait peu de différence entre eux. Le taux d’intérêt était pratiquement le même pour tous.
Lorsque la crise vint éparpiller, telles des quilles, ces taux d’un pays à l’autre, ce fut une sorte de « sauve qui peut » généralisé, peu compatible avec une vision fédéraliste. Prudemment, les pays encore épargnés par cette crise de la dette, firent comprendre que les « mauvais élèves » devaient se ressaisir et ce fut le début de la période dite « d’austérité » qui provoqua récession et chômage sans diminuer la dette.

Rigueur allemande ou passage forcé vers le fédéralisme ?

Les Allemands ne veulent pas du fédéralisme qui ne pourrait se faire qu’à leur détriment. Ils ont toujours fermement refusé les eurobonds, ainsi que toute autre avancée fédéraliste. Emmanuel Macron compte sur ses appuis du monde financier pour les y contraindre. Malheureusement pour lui (et peut-être heureusement pour nous) le monde est en train de changer et l’Europe intéresse de moins en moins de gens.
On dira que les valeurs européennes sont très recherchées en bourse, mais par qui ?

Les premiers investisseurs sont les Chinois, mais veulent-ils vraiment développer l’économie des pays européens ? Tout au plus s’assurent-ils des débouchés pour leurs propres produits, passant notamment par « la route de la soie ».
Est-il vraiment opportun de lever toutes nos barrières commerciales au moment où nous avons un besoin accru de protection ?

Cette nouvelle donne ne changera pas grand’chose.

L’Europe est en panne depuis des années. L’économie des pays de la zone euro stagne et même ceux qui, encore récemment, arrivaient à tirer leur épingle du jeu, voient leur activité ralentir. Les mesures prises par l’Administration Trump font peser une menace à peine voilée. De plus en plus, l’extra-territorialité imposée par les Etats-Unis du droit américain commence à gêner les grandes entreprises européennes qui préfèrent céder devant la pression américaine. Ne pouvant avancer vers un fédéralisme dont personne ne veut (hormis la finance mondialiste), les institutions européennes, avec à leur tête la Commission, n’entendent pas aller vers une Europe des Nations, ce qui signifierait la fin de son règne.

Condamnée à l’immobilisme, elle ne peut qu’attendre. Pour combien de temps ? C’est la véritable question.

Jean Goychman
8/7/2019

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