Canalblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
POLITIQUE EN PACA & POLICY IN THE WORLD in English, French and Italian 0632173633 - diaconesco@gmail.com
Publicité
Visiteurs
Depuis la création 225 928
Publicité
Publicité
POLITIQUE EN PACA & POLICY IN THE WORLD in English, French and Italian 0632173633 - diaconesco@gmail.com
Archives
Pages
Derniers commentaires
Newsletter
POLITIQUE EN PACA & POLICY IN THE WORLD in English, French and Italian 0632173633 - diaconesco@gmail.com
Publicité
9 décembre 2024

Monde

Syrie : « Pour l'Iran, le retour sur investissement du soutien à Bachar al-Assad était devenu négatif »

Par Delphine Dechaux le 08.12.2024 à 17h13, mis à jour le 08.12.2024 à 17h25 Lecture 4 min.

INTERVIEW - L’ancien ambassadeur à Damas Michel Duclos, l'un des meilleurs spécialistes de la question syrienne, tire les premiers enseignements de la chute de Bachar al-Assad.

Michel Duclos

Montaigne

Quels premiers enseignements tirer de la chute du régime sanglant de Bachar al-Assad, après l’offensive fulgurante menée par des groupes islamistes radicaux ? Conseiller spécial à l’Institut Montaigne et auteur de La longue nuit syrienne (2019, éditions de l’Observatoire), l’ancien ambassadeur à Damas Michel Duclos est l’un des meilleurs connaisseurs français de la Syrie.

 

Les forces islamistes rebelles du HTC vous semblent-elles en mesure d’assurer la relève du régime de Bachar al-Assad ?

Dans la recomposition politique syrienne, Ahmed al-Chareh (qui s’est fait connaître sous son nom de guerre Mohamed al Joulani, N.D.L.R.), le chef du groupe HTC (Hayat Tahrir al-Cham), semble le mieux placé sur l’échiquier syrien car il a démontré une capacité à gouverner au cours des dernières années. A la fois parce que sur un plan politique, il a pu intégrer des groupes relativement divers et parce que, sur le plan de la gestion, il s’est montré assez raisonnable. Reste qu’il n’est pas un libéral et que transposer à l’échelon de la Syrie l’expérience d’Idlib représente un défi. D’autre part, son groupe n’est pas le seul à revendiquer la succession au régime d’Assad. Il doit compter avec ses alliés de l’Armée syrienne libre (ASL) au nord-est, qui dépend de la Turquie, mais aussi avec les groupes du Sud, arrivés les premiers à Damas. L’amalgame peut-il se faire entre ces différentes forces ? Reconnaîtront-elles son leadership? Difficile à dire aujourd’hui.

 

Peut-on craindre l’installation d’un califat autoritaire en Syrie ?

A ce jour, Ahmed al-Chareh a démontré sa compréhension de la nécessité de protéger les différentes communautés religieuses. Sa consigne de respecter les bâtiments publics, le fait qu’il ait accepté l’offre de coopération du Premier ministre, qu’il n’y ait pas eu de massacres… tout cela va dans le sens de l’intérêt général et du compromis. On ne peut cependant pas exclure bien sûr l’installation d’un califat. Tout dépendra du fait que les chefs rebelles fassent prévaloir un agenda national ou bien un agenda islamiste dur. Evidemment, les chefs d’HTC eux-mêmes vont rester islamistes. D’abord parce que le centre de gravité de la société est un sunnisme conservateur. Ensuite, parce que le lâchage des Occidentaux en 2013 a poussé l’ensemble de la société dans les bras des islamistes.

 

Quelles conséquences la chute du régime peut-elle avoir pour les grands parrains étrangers de la Syrie, en particulier l’Iran, la Russie et l’Iran, les trois signataires des accords d’Astana en 2017 ?

Pour la Russie et l’Iran, Assad était devenu un poids. Continuer à le soutenir leur coûtait très cher pour des résultats de plus en plus faibles. Pour les Iraniens notamment, le « retour sur investissement » de leur appui à Bachar al-Assad était devenu très mauvais. Il ne les avait pas protégés de la quasi-élimination du Hezbollah en Syrie et du bombardement systématique de leurs propres positions militaires. Les Iraniens sont néanmoins perdants avec la chute de ce régime, ce ne fait aucun doute. Les Russes, eux peuvent encore sauver l’essentiel, s’ils parviennent à négocier le maintien de leur base navale de Tartous et de leur la base aérienne de Khmeimim. Les Turcs sont les vainqueurs apparents mais s’inquiètent un peu que leur ancien client, le HTC, leur échappe. Quant aux Israéliens, ils sont ambivalents car ils perdent en Assad quelqu’un qui leur a été très utile. N’oublions pas que pendant très longtemps la Syrie était un protectorat israélo-iranien. Une certitude : la chute du régime syrien libère des capacités de négociations pour les Turcs, les Iraniens et les Russes vis-à-vis de Washington.

 

Quels sont les scénarios possibles, à la lumière notamment des situations politiques issues des Printemps arabes au Moyen-Orient ?

Il existe un risque de partition du pays à la libyenne. Un autre risque est celui d’un scénario à l’afghane, dans lequel HTC jouerait le rôle des Talibans. Un risque également de guerre civile dure à la soudanaise. Ce qui donne néanmoins matière à espérer, c’est la foi avec laquelle les Syriens de l’étranger veulent rentrer dans leur pays. Ce sont aussi les signaux adressés par le chef des rebelles HTC vis-à-vis des minorités. La lassitude de la population, qui a subi des souffrances inouïes, peut aussi laisser penser que les ferments de division ne l’emporteront pas. Mais il faut faire intervenir un dernier facteur conditionnant l’avenir du pays : notre attitude. C’est aussi à nous, occidentaux, de ne pas ménager nos efforts pour la reconstruction de la Syrie dans un dialogue apaisé. Nous devons tirer les leçons de l’abandon de 2013. Ironie du sort, la Syrie a marqué le coup d’arrêt aux Printemps arabe et c’est par la Syrie que réapparaît l’espoir dans les peuples de la région.

AHMED al-CHAREH dit MOHAMED al-JOULANI le nouveau CALIF de la SYRIE 

Publicité
Commentaires
Publicité