Le véritable risque est-il de mourir d’un virus ?

Frédéric Boone

paru dans lundimatin#236, le 30 mars 2020

 

SOURCE : https://lundi.am/Le-veritable-risque-est-il-de-mourir-d-un-virus

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[Photo : Jean-Pierre Sageot]

Guerre contre qui ? Contre quoi ?
Un infravivant ?
Quel sera le bilan réel ?
L’empathie et la compassion pour les malades, pour les milliers de victimes, dont nombre de nos anciens, pour leurs familles et le personnel médical exposé et surchargé doivent-elles nous empêcher de voir les bienfaits inespérés de la situation pour l’humanité et le vivant sur Terre ?

Une respiration, oui ! Bien sûr ce qui permet de respirer ce n’est pas le virus, car lui tue en série par détresse respiratoire. Ce qui donne une bouffée d’oxygène c’est la réaction presque unanime de nos sociétés, le confinement qui conduit à un ralentissement spectaculaire de l’activité économique.

Les virus existent sur Terre depuis qu’il y a du vivant et peut-être même avant : ils pourraient en être à l’origine. Un virus peut faire de nombreuses victimes au sein d’une ou plusieurs espèces animales, cela fait partie des aléas de la vie, du jeu des actions-réactions qui animent Gaïa. Le système immunitaire de l’organisme visité se livre en général à une véritable guerre contre l’intrus. Aujourd’hui la situation dans les services hospitaliers débordés et les milliers de morts peuvent aussi faire penser aux conséquences d’une guerre mais la société est-elle pour autant en guerre ? Et si, au contraire, nos sociétés occidentales ou occidentalisées (Chine, Europe, Etats-Unis) dont les individus sont les premiers visités par le virus étaient entrées en paix à ce moment là ? La guerre, n’était-ce pas avant ? Nos sociétés n’étaient-elles pas en guerre permanente ? En guerre contre la joie, en guerre contre le collectif, en guerre contre la diversité, en guerre contre nos corps, en guerre contre le vivant, en guerre contre Gaïa, en guerre contre le temps, en guerre contre le mystère, en guerre contre la paix en somme ?

Et si nous décidions de déposer les armes maintenant ?
Et si nous refusions de participer plus longtemps, en bons soldats, à ce carnage permanent ?

Et si nous refusions de vendre notre temps, notre corps, nos relations, notre vie, notre âme à un système bien plus destructeur qu’un virus ?
Et si comme dans l’An 01 nous écrivions sur les murs de nos lieux de travail « ras le bol » et que nous refusions d’y retourner ?

Et si nous refusions de fabriquer ou de vendre des armes, des avions, des voitures, des écrans, des ordinateurs ? 

Et si nous refusions de participer à cette fuite en avant entraînée par l’avidité : toujours plus de richesse, toujours plus de connaissances, toujours plus de pouvoir, toujours plus de technologie... ?

Et si nous mettions des solidarités en place pour permettre à chacun de vivre sans avoir à se soumettre à cette armée aveugle et dévastatrice ?

Et si nous nous organisions pour résister à ses généraux prêts à tout et en particulier au contrôle de nos vies et à la violence pour nous maintenir sous leurs ordres ?

Et si dès maintenant nous nous organisions pour ne plus dépendre d’eux ? Pour nous nourrir, et pour prendre soin de nous sans avoir à nous soumettre à leur chantage odieux et déshumanisant ?

Et si nous réapprenions à nous connaître et à vivre ?

Et si nous nous réapproprions notre temps ?

Et si au lieu de retenir notre colère nous l’utilisions comme source d’énergie pour construire et nous ouvrir ?

Et si nous retrouvions le courage et la dignité pour faire face collectivement et individuellement ? nous n’avons pas à avoir peur ! Nous savons où se trouve l’essentiel et personne ne pourra nous le prendre. Même s’ils en venaient à prendre nos vies ils ne pourraient se saisir de ce trésor qui leur glissera toujours entre les mains : l’amour, l’amour de la vie, l’amour du vivant.

Le véritable risque est-il de mourir d’un virus ou de vivre comme un zombie dans un monde mortifère ? Risquer sa vie pour la vie ou risquer de vivre confortablement pour en mourir ?

De ce confinement relevons-nous avec fierté, dès maintenant organisons la solidarité et sans peur refusons de revenir nous ranger dans les bataillons de la mort ! N’est-ce pas le plus grand hommage que nous puissions rendre aux victimes ? En partant avec ce visiteur inopiné n’auront-elles pas participé à l’ouverture de cette brèche ? De cette respiration salutaire que ferons-nous ?

Frédéric Boone
est chercheur en astrophysique à Toulouse.

Frederic Boone

Researcher, Observatoire Midi-Pyrénées - Toulouse, France
Toulouse, France

Frederic Boone
Quand j'ai réalisé que l'activité de recherche n'est pas neutre - elle a 
un coût environnemental que les habitants de la Terre (humains et non
humains) doivent payer - j'ai progressivement réduit le nombre de
voyages. Avec des collègues, nous avons également commencé à soulever
le sujet, et nous avons essayé d'estimer l'empreinte carbone de notre
laboratoire - c'est assez impressionnant! Nous pensons que chaque
institut de recherche devrait publier son empreinte carbone due aux
déplacements, mais aussi au calcul et à l'utilisation d'autres
infrastructures, au chauffage et au refroidissement des bâtiments etc… Nous devons nous demander, à quoi servent toutes les connaissances
que nous accumulons si nous ne sommes pas en mesure de sauver des
vies sur Terre?
S'il ne reste plus personne sur Terre pour s'intéresser à nos grandes
découvertes dans quelques décennies, quel est le sens de tout cela?
Je travaille en astrophysique sur l'étude des galaxies lointaines.