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Le capitaine Clément FRISON ROCHE, tombé au Mali la semaine dernière, pris avec sa fille avant son départ au Mali, n'avait il pas eu un pressentiment, lorsque saint-cyrien, il composa ce poème poignant :

 

POUR QUE VIVE FRANCE

 

Ainsi, toujours poussés vers une étrange quête

Nos pères s'en allaient-il bravant la destinée,

Tantôt l'air abattu par le poids des conquêtes,

Tantôt l'air guilleret de leurs jeunes années.

 

Sur les champs de bataille, côtoyant la laideur,

Ils connaissaient la vie et ses plus tristes heures.

Pas un ne regrettait mais tous avaient au coeur

Ce que signifiait mourir au champ d'honneur.

 

Du plateau de Pratzen où la brume se fane,

Des tranchées de Verdun aux rizières du Tonquin,

Par delà le Djebel et les vallées afghanes,

La souffrance et la peur était leur quotidien.

 

Mais pour que vive France et la gloire de son nom,

Ils portèrent au front son prestigieux emblème,

Et subissant l'affront jusqu'à celui suprême,

Ils tombèrent en héros sous le feu des canons.

 

Les yeux levés au ciel implorant le pardon,

Leurs corps meurtris exhibait une douleur extrême,

Et dans l'ultime soupir sur leur visages blêmes,

Leurs lèvres murmuraient ce cantique moribond :

 

"Oh tendre France, douce gardienne de mon baptême,

Prenez ici ma vie, je vous en fais le don,

Veillez sur ma famille et tous les gens que j'aime,

Et rendez je vous prie mon sacrifice fécond ..."

 

Toi France, ingrate mère à la parure ternie,

Laisseras-tu leurs cris se perdre dans la nuit ?

Ils t'ont donné leur coeur, ils t'ont donné leur vie,

N'est-ce pas révoltant que nul ne les envie ?

 

A tes illustres fils tombés pour la patrie,

Plutôt que souvenir tu préfères l'oubli,

A tes jeunes enfants disparus aujourd'hui,

Plutôt que bienseillance tu préfères le mépris.

 

Qu'adviendra-t-il de nous ta jeune génération ?

Parmi les injustices de tes institutions,

Et le désintérêt de ta population

Ne saurons-nous jamais où part ton attention ?

 

Quel sort réserves-tu à ceux qui survivront ?

Nulles considérations, seules quelques concessions !

Pourtant tu le sais bien, nous te chérissons,

Nous ne demandons rien qu'un peu de compassion !

 

Et s'il m'advenait un jour de périr en ton nom,

Ce serait avec foi mais non sans une question ?

Pour que revive France et la gloire de son nom,

Je te lancerais sans haine ce dernier affront.

 

Tandis que mon chant du cygne, funeste merveille,

Pareil au flot gémissant de mon sang vermeil,

Fera couler ces mots aux mille résonances :

" France, ma France, qu'as tu fait de ta

                    reconnaissance ? "

 

Aspirant FRISON-ROCHE

               Colonel des Gardes  

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MORTS AU COMBAT. Treize

 

 

 

soldats français tués au Mali :

 

 

 

l’affliction et la gratitude

 

 

Posté le mercredi 04 décembre 2019
MORTS AU COMBAT. Treize soldats français tués au Mali : l’affliction et la gratitude

Le général d’armée (2s)*, ancien chef de corps du 2e REP et ancien commandant de la Légion étrangère, s’incline devant ses camarades morts en service et décrit ce que veut dire être soldat aujourd’hui.

La mort accidentelle au combat de treize de nos compagnons d’armes a suscité en France une large vague d’émotion, de tristesse et de solidarité ; comme toujours, certains n’ont pu s’empêcher de lancer quelques polémiques ; et comme toujours également, les familles sont restées dignes, pleurant silencieusement un fils, un mari ou un père, disparu bien trop tôt. Mais il est un terme qui n’a pas été prononcé à leur égard, celui de « merci ». Et pourtant, avec leur mort, par leur sacrifice et pour leur exemple, nous pouvons - et nous devons - leur adresser un triple merci.

Le premier merci qui doit leur être dit s’adresse à leur engagement et à un engagement sans faille. Ils ont tous rejoint les rangs de l’armée française, à différents titres et en suivant différentes filières ; mais ils avaient tous un but commun, celui de servir leur pays par les armes, de défendre son territoire, sa population et ses intérêts. Nous leur devons ce « merci », car, grâce à eux et à tous leurs compagnons d’armes, les Français peuvent continuer à vivre en paix, à se déplacer librement, sans avoir à se soucier des menaces extérieures. Nous oublions trop vite que notre liberté dépend notamment de leur engagement permanent, que ce soit aujourd’hui au Sahel ou en Syrie, hier en Afghanistan, en Côte d’Ivoire ou dans les Balkans et en permanence, sur le territoire national. Nous oublions trop souvent qu’avant la disparition du rideau de fer - dont nous venons de fêter le 30e anniversaire - une menace forte pesait à l’est du pays. Et bien que cette expression soit connue, les facilités de la vie quotidienne nous font aisément oublier que « s’il n’y a plus de menaces à nos frontières, il n’y a plus de frontières à la menace ».

Le deuxième merci concerne leur courage. Leur accident rappelle que le métier des armes est un métier dangereux et que sécurité et prévention se traduisent concrètement par la maîtrise des risques, et non pas par leur évacuation : chaque jour, dans le cadre de l’entraînement, il se tire des milliers de cartouches, des centaines de grenades, des dizaines de missiles ou d’obus ; certains s’entraînent en très haute montagne, pendant que d’autres veillent dans la profondeur des océans ; certains volent à Mach 1, et d’autres effectuent des marches-commandos ; certains sautent en chute libre à haute altitude, et d’autres agissent en plongée sous-marine en eaux profondes. Et cet entraînement doit se conduire, de jour comme de nuit, par tous les temps, que ce soit sous la chaleur africaine, dans le froid des montagnes et par toutes les latitudes ! Nos soldats ont à faire la preuve en permanence de leur courage au cours d’un entraînement permanent et rigoureux. Et puis, avec leur engagement dans l’opération « Barkhane », ils ont dû montrer un surcroît de courage, d’abord en quittant la douceur de leur environnement familial, puis en combattant dans le Sahel contre un adversaire invisible, les groupes armés islamistes. Comme le disait Clausewitz : « À la guerre tout est simple, mais le plus simple est difficile ». Deux siècles plus tard, le monde a changé, la guerre d’hier s’est transformée en opérations extérieures, mais c’est toujours la même appréhension avec le « brouillard de la guerre », le contact brutal avec l’adversaire, et toujours la crainte de perdre des hommes ou de ne pas remplir sa mission.

Enfin, on doit aussi leur dire merci pour l’exemple qu’ils donnent à notre pays, à la nation et plus particulièrement à sa jeunesse. À notre société, qui, sous bien des aspects, reste très matérialiste, hédoniste et bien souvent individualiste, le sacrifice de nos soldats rappelle qu’il existe des causes et des valeurs supérieures, qui dépassent le prix de la vie humaine et qui demandent pour assurer leur défense et leur pérennité qu’ils se sacrifient pour elle. Il nous rappelle aussi qu’il existe une jeunesse, prête à assumer ces risques pour permettre à ses concitoyens de continuer à vivre en paix. L’exemple quotidien des militaires, que ce soit sur le territoire national ou en opérations extérieures, nous oblige. Par leur sacrifice, ils deviennent pour toujours un bel exemple de générosité, non seulement pour leurs camarades, mais aussi pour l’ensemble de la société.

Et enfin, à ces remerciements, il serait maladroit et injuste de ne pas associer les familles. Il est vrai que l’on en parle peu malgré leur nombre. À chaque départ, même pour quelques mois et même dans le cadre habituel des missions de présence, c’est une séparation supplémentaire pour la famille proche, que ce soient les enfants, l’épouse, l’époux, le conjoint. Quand il s’agit d’opérations extérieures, comme « Barkhane », il y a en plus l’appréhension du combat, de la blessure, voire du départ sans retour. C’est bien là le paradoxe de la mort au combat de nos treize frères d’armes ; car d’un côté, ils ont été fauchés par une mort brutale et sans préavis, alors qu’ils étaient en pleine vie, qu’ils étaient heureux de faire un métier qu’ils aimaient et pour lequel ils s’étaient portés volontaires, qu’ils n’auraient pas voulu céder leur place en opérations pour un empire, et qu’ils étaient particulièrement fiers d’être engagés dans un cadre opérationnel et d’accomplir ce pour quoi ils s’étaient portés volontaires. Et de l’autre, la solitude et le désespoir des familles, qui voient s’ouvrir devant elles un long chemin de croix, à qui on doit exprimer la reconnaissance du pays.

Général d’armée (2s) Bruno DARY
Le Figaro
3 décembre 2019

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