Source : Publié par Magali Marc le 29 mai 2019

Selon Caroline Glick*, les victoires de Nigel Farage, de Marine Le Pen en France et de Matteo Salvini en Italie aux élections du Parlement européen sont dues à la montée de la droite populiste/nationaliste dans tout l’Occident. L’Establishment élitiste et globaliste paye le pris de son arrogance envers le peuple.

Pour les lecteurs de Dreuz, j’ai traduit son article paru le 27 mai sur le site de Breitbart.


Le mépris des élites est le dénominateur commun des victoires populistes

Le triomphe de Nigel Farage et de son Brexit Party aux élections du Parlement européen est l’indice de deux tendances principales.

  1. La première est liée à la politique britannique. La victoire du Brexit Party met effectivement fin au monopole du Parti conservateur sur la droite politique britannique pour la première fois en deux cents ans. Les Conservateurs réagiront de deux façons à ce rebondissement. Ils peuvent achever la désintégration du parti en redoublant d’effort pour mettre en œuvre le Brexit mou de la Première ministre sortante Theresa May – avec ou sans second référendum – ou ils peuvent commencer à écouter leurs électeurs.
  2. La deuxième tendance illustrée par la victoire de Nigel Farage – ainsi que le triomphe de Marine Le Pen en France et de Matteo Salvini en Italie – est la fameuse montée de la droite populiste/nationaliste dans le monde occidental qui va à l’encontre de la sagesse traditionnelle de l’establishment progressiste et élitiste de centre droit, et cela au mépris des résultats annoncés par les firmes de sondages.

En Grande-Bretagne, la montée en puissance du Brexit marque la fin de la piteuse histoire de la Première ministre Theresa May et sa trahison flagrante des électeurs britanniques. Mme May est arrivée au pouvoir après que son prédécesseur David Cameron eut démissionné de son poste en réponse au vote en faveur du Brexit.

Lors de son entrée en fonction, Mme May s’est engagée à respecter la volonté des électeurs et à faire sortir la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Au lieu de faire cela, Theresa May est parvenu à négocier un accord de Brexit avec l’Union européenne qui aurait fait supporter à la Grande-Bretagne les coûts de l’adhésion à l’UE sans les avantages. Bien que son accord ait été rejeté à plusieurs reprises par le Parlement, elle a refusé de démissionner. À présent, sa carrière de première ministre qui a commencé à cause du Brexit se termine parce qu’elle a trahi le Brexit.

En ce qui concerne l’Occident au sens large, il est certain que les problèmes immédiats qui poussent les électeurs de différents pays à voter pour des partis anti-élitistes en faveur de dirigeants populistes et nationalistes ayant de fortes visions de restauration et de fierté nationales, sont de nature locale.

  • La victoire du Premier ministre australien, Scott Morrison, plus tôt ce mois-ci sur son adversaire, le chef du Parti travailliste Bill Shorten, a été généralement attribuée au programme économique radical de Shorten. Les hausses d’impôt proposées par le gouvernement auraient nui aux jeunes familles et aux retraités. Sa loi sur les émissions de carbone aurait paralysé l’industrie minière australienne.
  • L’ascension de Nigel Farage est due à la mauvaise foi de Mme May envers ses propres électeurs quant à son engagement à honorer leur vote en faveur du retrait de la Grande-Bretagne de l’Union européenne.
  • En Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahou a remporté un cinquième mandat le mois dernier en s’appuyant sur un bilan diplomatique et économique que les partis de gauche n’ont pas réussi à discréditer.
  • La victoire de Trump a été généralement attribuée à l’échec d’Hillary Clinton à rallier la base Démocrate de la Rust Belt (NdT: ce sont les régions du Nord-Est et du Midwest des États-Unis qui sont caractérisées par une industrie métallurgique principalement située dans les villes productrices d’acier de la Pennsylvanie et de l’Ohio) et à contrer le message de renouveau industriel de Trump.

Mais une question sous-jacente est commune à toutes ces élections. Jusqu’à ce que la gauche progressiste et le centre-droit de l’establishment la reconnaissent et trouvent un moyen respectueux de s’y opposer, ils continueront à voir les forces populistes se renforcer et remporter des élections.

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C’est la question du mépris.

Partout dans le monde occidental, au-delà des questions économiques et même au-delà de questions sociales spécifiques comme le mariage homosexuel ou les droits à l’avortement, les électeurs sont motivés à voter pour la droite populiste et nationaliste en partie à cause de leur colère envers ceux de la gauche et du centre-droit, qui ne dissimulent même pas leur mépris du « bas-peuple ».

Aux États-Unis, le snobisme de la gauche a atteint son paroxysme avec la description qu’a faite Hillary Clinton des partisans de Trump, les traitant de « déplorables ». Mais elle n’était pas la seule à faire cette affirmation. Celle-ci s’est réalisée dans une atmosphère générale où les politiciens Démocrates, de Barack Obama à Nancy Pelosi, ainsi que les Républicains de l’establishment, se sont sentis à l’aise de rabaisser les Américains qui ne font pas partie de leur club.

Barack Obama a de façon infamante décrit les « déplorables » d’Hillary Clinton comme étant des « personnes amères » habitant de petites villes qui « s‘accrochent à leurs fusils, à la religion ou à leur antipathie envers les gens qui ne sont pas comme eux ou à leurs sentiments anti-immigrants ou anti-commerce international pour expliquer leur frustration ».

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Les médias, qui servent de prolongement au Parti Démocrate et s’accordent avec les Républicains NeverTrump pour mieux attaquer Trump et ses électeurs, font continuellement part de leur mépris pour ces derniers.

De même, selon Stan Grant, professeur et analyste des médias australien, l’un des facteurs décisifs de l’élection australienne a été la religion. Une grande partie du public a eu le sentiment que le dirigeant syndical Shorten les méprisait, eux et leurs convictions religieuses.

Grant se souvient que dans les semaines qui ont précédé les élections, une vedette nationale de rugby – qui, comme Morrison, est un chrétien évangélique – a écrit un article désobligeant sur les homosexuels sur sa page Facebook. Alors que Morrison a réagi en traçant une ligne de séparation entre ses actions politiques et ses croyances religieuses afin de neutraliser le problème, la réaction de Shorten a été de fustiger Morrison.

Selon Grant, « la décision de Shorten a alarmé de nombreux électeurs : Qu’est-ce qu’il représente ? Accorde-t-il plus de valeur au droit de la communauté LGBTQ de ne pas être offensée qu’au droit d’une personne de professer publiquement ses croyances religieuses ?»

Grant a ajouté que la réaction de Shorten à ces interrogations est venue la même semaine lorsqu’il a « prononcé un discours vibrant dans lequel il s’engageait à «changer la nation pour toujours» ».

Il s’avère que même si les Australiens ne s’opposent pas au mariage homosexuel, ils ne veulent pas que leur pays soit fondamentalement transformé. Quelle que soit la façon dont ils s’attaquent aux problèmes sociaux, ils veulent que l’Australie reste l’Australie.

En adoptant une attitude de mépris à leur égard, Shorten, comme Hillary Clinton, Obama, Theresa May et le président français Emmanuel Macron ont insulté les électeurs.

Depuis les années 1990, on nous dit que la mondialisation est un mouvement progressiste et post-nationaliste. Il est vrai que nombreux sont les programmes radicaux adoptés par la gauche au cours des vingt dernières années qui ont été initiés dans un seul pays et se sont répandus dans le monde entier par le biais de divers connecteurs, en particulier les médias sociaux.

À gauche, la communauté universitaire internationale et l’élite transnationale du monde des affaires ont adopté des valeurs et des programmes similaires. Ces valeurs et ces programmes sont devenus les cartes de visite des membres de l’élite dirigeante internationale. Ces valeurs et programmes se sont de plus en plus éloignées de ceux des citoyens des pays et sociétés d’origine de ces élitistes.

La montée de la droite populiste/nationaliste dans tout l’Occident montre que la mondialisation va dans les deux sens. Les membres de l’élite mondiale progressiste et de centre-droit ont adopté les mêmes valeurs et programmes post-nationalistes, post-industriels et post-chrétiens lors de conférences à Bruxelles, à New York, aux Nations Unies, et sur les réseaux en ligne.

Mais de retour dans leur pays d’origine, ceux qu’ils ignorent sont aussi en ligne et parlent aussi. Les majorités ignorées s’écoutent aussi les unes les autres.

Le message le plus puissant qui traverse le monde chaque jour et donne du pouvoir aux populistes et aux conservateurs nationalistes est un message d’exaspération et de colère contre la solidarité des élites transnationales dans leur mépris pour leur peuple. De Jérusalem à Budapest, de Birmingham à Cincinnati, les citoyens rejetés ont compris que la seule façon de rappeler à l’ordre les élites méprisantes est de les chasser du pouvoir.

Pour les unionistes européens et les Remainers britanniques, pour l’élite israélienne et l’establishment américain, la mondialisation de leurs valeurs et de leurs programmes les a amenés à croire que la démocratie se résume à truquer les règles du jeu. Par l’activisme judiciaire et la réglementation bureaucratique, par la terreur intellectuelle et la honte publique, ces élites cherchent à nullifier les résultats des élections. Les urnes, à leur avis, ne sont pas à la hauteur des forces combinées des médias d’élite, du monde universitaire et de la bureaucratie. Ce sont eux qui doivent déterminer les normes et les politiques – au nom de la démocratie.

Mais partout en Occident, les « déplorables » s’écoutent les uns les autres et redécouvrent leur pouvoir et leur voix dans les urnes. Ils se rendent compte que la démocratie est un moyen pour le peuple de déterminer la voie à suivre. L’élite peut contrôler le discours, mais c’est le peuple qui décide qui dirigera le pays.

Il est vrai que les raisons qui motivent les votes varient d’un pays à l’autre. Mais le refus des électeurs d’accepter le mépris avec lequel leurs élites les traitent unifie les électeurs du monde occidental.

Tant que les élites refuseront d’accepter que les valeurs et les programmes traditionnels de leurs sociétés ne sont pas fascistes et racistes, mais conventionnels et même louables, elles continueront à mal interpréter les données des sondages. Elles continueront d’ignorer les électeurs et d’être prises au dépourvu par des défaites électorales auxquelles elles ne s’attendent pas.

*Caroline Glick est une journaliste et commentatrice de renommée mondiale, spécialiste du Moyen-Orient et de la politique étrangère américaine, et auteure de The Israeli Solution : A One-State Plan for Peace in the Middle East.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Traduction de Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

Source : https://www.breitbart.com/europe/2019/05/27/caroline-glick-elite-contempt-is-the-common-denominator-in-populist-victories/