Manifestation des gilets jaunes,

 

 

 

le mea culpa d’Édouard Philippe

 

 

 

est insuffisant

L’Histoire l’a montré à de nombreuses reprises. La colère du peuple met parfois du temps à exploser, mais une fois parvenue à son paroxysme, elle ne s’éteint souvent que dans le sang et la violence. L’acte XVIII des gilets jaunes vient, une fois de plus, d’illustrer cette réalité. Et ceux qui voulaient croire, après quelques semaines de calme relatif au cœur des manifestations, que le mouvement était à l’agonie et allait disparaître de lui-même en sont pour leurs frais. Bien plus, cette nouvelle explosion de violences, qui s’est principalement exprimée à Paris, sur les Champs-Élysées, a fini par pousser les autorités en charge du maintien de l’ordre dans leurs derniers retranchements.

Bien entendu, il n’y a aucune raison de se réjouir de cet état de fait. Pourtant, dès le début du mouvement, et en particulier lors de la manifestation du 1er décembre dernier, de graves lacunes avaient été constatées dans les dispositifs mis en place par le ministre de l’Intérieur et le préfet de police de Paris. Mais rien n’avait changé. Tout au plus ces deux autorités avaient-elles entériné une escalade de la violence, ce qui a sans doute contribué à une radicalisation du mouvement mais, surtout, à une mise à l’index de la France par certaines organisations internationales et ONG sur sa façon de gérer ce vaste mouvement populaire.

téléchargement

Après quatre mois de manifestations, qui se traduisent chaque samedi par de véritables émeutes, le gouvernement est dans une impasse. Incapable d’entendre les raisons profondes de cette France marginalisée depuis des décennies, et qui joue désormais son va-tout. Débordé par des fractions marginales de l’ultra-gauche, qui ont bien compris tout le profit qu’elles pouvaient tirer de ce vaste mécontentement du peuple : rappelons que le seul objectif de ces groupuscules est d’anéantir notre société « capitaliste ». Dépassé par des modalités, inconnues jusque-là, de rassemblements qui réunissent, chaque semaine, des milliers de participants. Et mis au défi d’adapter, dans l’urgence, des techniques de maintien de l’ordre devenues inopérantes, c’est un aveu d’échec politique, stratégique et opérationnel qui s’impose aujourd’hui.

téléchargement (4)

La seule question qui vaille, maintenant, pour l’exécutif est donc celle de savoir comment reprendre le contrôle de la situation. Sur le fond, le grand débat n’y changera rien. Il est, en effet, évident que le noyau dur des gilets jaunes n’y a pas participé et qu’il n’attend rien de cette vaste opération de com’ présidentielle. La réponse politique est, en conséquence, à chercher ailleurs. Sur le terrain, c’est le dispositif dans son ensemble qui est à revoir. En premier lieu, en « traitant » dans l’urgence le cas des casseurs. Si l’on sait déterminer leur nombre, on doit savoir qui ils sont. Et, donc, les neutraliser en amont des manifestations. En second lieu, en utilisant les unités de maintien de l’ordre spécialisées pour ce qu’elles savent faire et non en les limitant à des missions de bouclages.

téléchargement (1)

Ce dernier samedi, pas moins de douze compagnies de CRS y étaient employées. En troisième lieu, en reprenant le contrôle du terrain. Tout technicien du maintien de l’ordre sait, en effet, qu’il est déterminant, pour bien gérer une manifestation, de tenir les lieux où elle se déroule. Enfin, priorité doit être donnée au renseignement opérationnel et aux mesures préventives afin de limiter les risques de débordements.

Dans ce contexte délétère, il convient d’ajouter que le limogeage d’Alain Gibelin, directeur de l’ordre public et de la circulation de la préfecture de police de Paris, pour avoir déplu au « prince » à l’occasion de l’affaire Benalla renvoie une bien piètre image de ce pouvoir aux abois et ne peut que laisser des doutes quant à ses capacités à redresser la situation.

Olivier DAMIEN

 

SOURCE BOULEVARD VOLTAIRE 

http://www.bvoltaire.fr/manifestation-des-gilets-jaunes-le-mea-culpa-dedouard-philippe-est-insuffisant/

 

***********************************************************************

Le recours aux baïonnettes

 

 

 

 

pour gérer l’ordre public

Cette nouvelle décision ahurissante d’Emmanuel Macron d’impliquer l’armée dans des opérations de maintien de l’ordre relève-t-elle, une fois de plus, de l’incompétence ou d’une volonté, désormais non dissimulée, de mettre la France au pas ?

En décidant de faire appel aux militaires de l’opération Sentinelle à l’occasion de l’acte XIX des gilets jaunes, l’exécutif vient de franchir un nouveau palier qui est, incontestablement, celui de tous les dangers. Certes, ce recours à la force armée trouve dans notre personnel politique national, essentiellement au sein de la majorité et de ses alliés il est vrai, mais aussi dans la population, ses adeptes. Pourtant, ont-ils bien compris que ce retour en arrière de plusieurs dizaines d’années dans la gestion de l’ordre public risque fort d’être la source de difficultés et de débordements pires encore que ceux rencontrés jusque-là.

Si la principale justification à la présence de soldats dans les futurs dispositifs de maintien de l’ordre repose sur l’habitude, aujourd’hui acquise, de voir les effectifs de l’opération Sentinelle dans les lieux publics, celle-ci ne résiste pas longtemps à l’analyse. En effet, impliquée dans une mission de lutte contre le terrorisme islamiste, c’est en face d’un ennemi que l’armée française est déployée. Il en ira tout autrement lorsqu’il s’agira d’opposer les militaires à des citoyens, dont certains sont certes des casseurs, mais n’en demeurent pas moins des enfants de la République.

Par ailleurs, l’annonce du caractère circonscrit qu’aura leur mission, à savoir la garde de bâtiments et de lieux publics, ne doit en aucun cas dispenser d’envisager de possibles contacts belliqueux entre soldats et manifestants, avec les conséquences que cela pourrait avoir. C’est donc à un pari risqué que se livre le gouvernement.

Mais cette décision, qui signe un aveu d’impuissance manifeste, nous apprend également d’autres choses. Tout d’abord, que c’est à un échec politique de grande envergure que se trouve confronté le pouvoir actuel. Incapable d’apporter des réponses concrètes et solides aux revendications légitimes de nombreux Français parmi les plus modestes, il préfère s’enferrer dans le cycle infernal de la répression. Ensuite, que la stratégie mise en œuvre par l’État pour préserver l’ordre public, si tant est qu’elle ait existé, a été mise à mal par quelques centaines de casseurs face auxquels la force publique de la sixième puissance économique mondiale est dans l’incapacité de réagir efficacement.

Enfin, que c’est toute la politique sécuritaire de notre pays qui est ainsi remise en cause. En effet, la désorganisation de notre police, les baisses insupportables d’effectifs, la multiplicité des charges indues jamais revues et l’incohérence des choix opérationnels ont paupérisé et affaibli à tel point l’institution policière qu’elle ne peut plus faire face à ses missions élémentaires.

Incapables d’anticipation et pourvoyeurs de violences et de désordre, reste à espérer maintenant que la chance sourira à ceux qui gouvernent désormais pour le pire. Espérons, également, que nos soldats, dont la formation et le professionnalisme comptent parmi les meilleurs au monde, ne se trouveront pas face à des situations auxquelles ils n’ont pas été préparés. Emmanuel Macron vient de jouer son va-tout. En dressant possiblement l’armée face au peuple, il achève de diviser une nation tout entière. Dans l’attente de la prochaine manifestation des gilets jaunes, les dés sont donc maintenant lancés. Le ministre de l’Intérieur, en joueur de poker émérite, se retrouve ainsi confronté à une situation qu’il connaît bien : celle de devoir compter sur la chance. Mais chacun sait que cette dernière est souvent capricieuse.

SOURCE : 

 

Olivier Damien

Docteur en droit – Commissaire divisionnaire honoraire - Ancien secrétaire général du syndicat des commissaires de police.
***********************************************************************

Éric Ciotti veut interdire les

 

 

 

 

manifestations des gilets jaunes :

 

 

 

 

est-ce bien responsable ?

Éric Ciotti nous avait habitués, jusque-là, à plus de mesure et de discernement. En effet, en annonçant qu’il souhaitait voir interdites les manifestations des gilets jaunes programmées pour samedi prochain, le député Les Républicains des Alpes-Maritimes, qui a soutenu le mouvement dès le début, n’a pas hésité à remettre en cause, de facto, un des droits fondamentaux qui caractérisent notre démocratie. Certes, les arguments avancés pour justifier cette prise de position ne peuvent pas laisser insensible. Et les chiffres cités par le député, relatifs aux nombreux blessés recensés depuis novembre 2018 – 3.500, manifestants et forces de l’ordre confondus -, sont à même de faire réfléchir sur la poursuite de manifestations au cours desquelles les violences tant physiques que verbales sont désormais omni-présentes.

SIPA_00884824_000007

Pourtant, interdire purement et simplement les manifestations à venir ne résoudrait vraisemblablement rien sur le fond. Ainsi faut-il rappeler à M. Ciotti quelques éléments déterminants. Tout d’abord, le droit de manifester, même s’il n’est pas inscrit tel quel dans la Constitution, est protégé par divers textes fondamentaux qui fondent notre démocratie. En premier lieu, par l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui consacre ce droit. Ensuite, par l’article 9 de la Convention européenne des droit de l’homme, signée en 1950 et entrée en vigueur en 1953, qui garantit la liberté de manifester. C’est dire que cette possibilité qui est donnée à tous les citoyens d’exprimer publiquement leurs opinions et convictions est définitivement, et depuis longtemps, inscrite dans notre vie démocratique. Bien entendu, le droit de manifester a son juste corollaire : celui de ne pas devenir une menace pour l’ordre public. C’est pour cette raison qu’un certain nombre de dispositions (déclaration préalable, désignation de responsables, indication des lieux de rassemblement…) ont été intégrées dans la loi afin de prévenir d’éventuels désordres.

En second lieu, l’interdiction, si elle devait intervenir, ne pourrait être générale et absolue. Une telle décision prise par une autorité administrative quelconque serait immédiatement censurée par les tribunaux administratifs. Enfin, une mesure aussi radicale se solderait, sans aucun doute, par des rassemblements illégaux et inciterait à des violences plus grandes encore.

N’en déplaise à Éric Ciotti, et pour aussi condamnables que soient les violences commises lors des manifestations, il ne faut pas oublier qui en sont les premiers responsables. Ainsi, toute personnalité politique, dont l’aveuglement et le manque d’anticipation poussent ses compatriotes dans la rue, doit savoir qu’il ouvre une boîte de Pandore dont il ne maîtrise aucun des effets. Dès lors que la foule est dans la rue, l’irrationnel prend le pas sur le rationnel. L’impulsivité et l’irritabilité prennent le dessus. Toute forme de discernement individuel disparaît. Et la violence devient un mode d’expression banalisé. C’est donc bien en amont que les problématiques doivent être anticipées et résolues.

Enfin, on ne peut pas avoir tenu, pendant plusieurs semaines, une position au sujet d’un mouvement social dont on prétendait avoir saisi le sens et la légitimité et venir, aujourd’hui, en déplorer les conséquences. Tout ce qui advient était largement prévisible. La répression régulière et progressive qui s’est abattue sur les gilets jaunes ne pouvait, par ailleurs, que provoquer la radicalisation d’un mouvement qui désespère maintenant d’être compris et entendu. Et le grand débat n’y changera rien, tant la rupture entre la France des démunis et celle des élites est désormais consommée.

Olivier DAMIEN

téléchargement

 **********************************************************************