15 janvier 2018

LA DERIVE SECTAIRE DU PRINCE HÉRITIER PAR ELIE HATEM

Arabie saoudite :

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LA DERIVE SECTAIRE DU PRINCE HERITIER MOHAMED FILS DU ROI SALMAN AL SAOUD

 

Par Elie HATEM

A l'issue de son accession au pouvoir, succédant à son frère Feu le roi Abdallah en janvier 2015, le roi Salman Al Saoud a opéré des changements au sein du gouvernement où il a nommé son fils, Mohamed alors âgé de 30 ans, ministre de la Défense, ensuite vice-Premier ministre. Deux ans plus tard, en juin 2017, il l'a désigné comme Prince héritier, en écartant son neveu, le Prince Mohamed Ben Naïef de cette fonction. Le roi Salman avait perdu deux de ses fils dans ces circonstances  qui n'ont pas été élucidées.

Agé de 32 ans, le Prince Mohamed Ben Salman, connu de plus en plus par ses initiales « MBS », a entamé une série de réformes que nous ne pouvons que saluer, notamment le retour à une pratique de la religion musulmane telle qu'elle l'était avant la dérive du Wahhabisme en 1979. A cette date, le fondamentalisme, notamment le salafisme, a été encouragé par les services américains afin d'être exporté en Afghanistan afin d'être instrumentalisé dans la lutte contre le communisme.

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Mohamed Ben Salman souhaite même revenir sur l'interprétation des Hadiths qui constituent pour les Wahhabites la principale source de la théologie musulmane à l'instar du Talmud chez les juifs rabiniques, en redonnant plus d'importance au Coran. Il a, par ailleurs, accordé le droit aux femmes de conduire, une mesure populaire phare... Néanmoins, il avait pris d'autres mesures, en tant que ministre de la Défense, qui ont ruiné son pays et qui le conduisent progressivement vers la faillite : la guerre du Yémen qui s'enlise et qui coûte environ 5 milliards d'Euros par semaine à la monarchie. Entraîné dans cette aventure par les Etats – Unis et Israël dont l'armée contribue à certaines opérations militaires sur le terrain, MBS cherche un moyen pour pallier le budget déficitaire de son pays. Pour rester populaire, il n'a pris aucune mesure pouvant affecter les revenus des classes moyennes. Il a cru bon s'attaquer, sous prétexte de lutte contre la corruption, aux hommes d'affaires les plus riches et aux princes de son royaume, les arrêter et négocier avec eux le paiement de sommes d'argent en contre – partie de leur libération.

C'est ainsi que le 4 novembre en 2017, il arrêta 4 ministres, 11 princes (y compris le Prince Walid Ben Talal), des anciens ministres et des hommes d'affaires. Après avoir exigé 6 milliards de dollars du Prince Walid Ben Talal afin de le libérer, et que ce dernier refusa de payer selon nos sources, l'un des fils de l'ancien roi Abdallah également arrêté dans la foulée et assigné à résidence dans le luxueux hôtel Ritz de Ryad, le Prince Met'eb, a cédé et réglé 1 milliard de dollars en contre – partie de sa libération.

MBS avait usé du même procédé pour retenir, en Arabie saoudite, le Premier ministre libanais, Saad Hariri, détenteur également de la nationalité saoudienne, le forçant à prononcer sa démission. Les raisons de cette opération n'ont pas été totalement élucidées. Néanmoins, les motifs politiques ne font aucun doute : le consensus inter-libanais et le rapprochement inter-communautaire au pays du Cèdre entre sunnites, chiites (y compris le Hezbollah) et chrétiens dérangeait Israël et les Etats-Unis, mettant en cause leur projet politique consistant à semer le chaos dans la région. Le texte de démission imposé à Saad Hariri tendait à allumer la tension entre sunnites et chiites libanais, entraînant le pays vers une guerre civile. Mais l'intervention du Président français, Emmanuel Macron, à la demande de son homologue libanais, Michel Aoun, a fait chuter cette tentative qui a été également déjouée par une réaction inattendue au pays du Cèdre : le renforcement de la cohésion inter-communautaire. Le Premier ministre libanais fût libéré et regagna son pays où il est revenu sur sa décision forcée, après un court passage à Paris.

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Mohamed Ben Salman, qui semble avoir curieusement acheté, en 2015 selon le New York Times « la maison la plus chère du monde », s'agissant du « Château Louis XIV » à Louveciennes pour 275 millions d'Euros, un yacht pour 550 millions d'Euros et d'une toile à 450 millions de dollars, continue sa purge sous prétexte de lutte contre la corruption, ce qui lui permet de procéder à des règlements de compte et à éliminer toute personne susceptible de devenir un adversaire politique.

Dans la nuit du 3 au 4 janvier, il se rendit avec plus d'une vingtaine d'hommes armés à la propriété de S.A.R. le Prince Salman Ben Abdelaziz Al Saoud, à Ryad. Ce dernier, âgé de 35 ans et ancien camarade de classe de MBS, a été lynché devant lui jusqu'à ce qu'il tomba dans le coma, baignant dans son sang devant son épouse (fille de l'ancien roi Abdallah) et sa fille à peine âgée de deux ans. Il a été ensuite enlevé. A ce jour, aucune information n'a pu être donnée sur le lieu de sa détention.

Docteur en Droit comparé de l'université de Paris I, officier de la Légion d'Honneur en raison de ses actions culturelles et humanitaires en France, le Prince Salman Ben Abdelaziz Al Saoud parle plusieurs langues et jouit de contacts politiques et diplomatiques internationaux, ce qui lui donne une stature qui, aux yeux du prince héritier saoudien, pourrait porter préjudice à son accession au pouvoir à la mort de son père : l’intronisation du monarque au royaume saoudien se passe à l'issue de sa désignation par un Conseil de sages qui peut désapprouver sa qualité de prince héritier attribuée par le roi défunt. 

Appuyé par l'Administration américaine à laquelle il est particulièrement attaché, non seulement en raison du traité de Quincy qui, depuis 1945, transforma le royaume saoudien en protectorat américain, mais aussi compte tenu de ses liens avec Jared Kushner, gendre et conseiller spécial du Président Donald Trump pour le Moyen – Orient, le prince héritier saoudien, en s'érigeant en despote avec le feu vert de Washington, est en train de conduire son pays vers une déstabilisation qui pourrait renverser la monarchie et amener le chaos dans la région. Tel est, en effet, l'objectif des Etats-Unis et de leurs alliés qui profitent du manque d'expérience politique de ce jeune prince aventurier.

Elie HATEM     

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Le prince Al Walid a été transféré dans la prison saoudienne de haute sécurité après avoir refusé de payer 6 milliards de dollars pour sa liberté

 

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Le prince Al Walid a été transféré dans la prison saoudienne de haute sécurité après avoir refusé de payer 6 milliards de dollars pour sa liberté

Adieu le Ritz Carlton. Le prince milliardaire saoudien, Al Walid Bin Talal, a été conduit à la prison d’Al Ha’ir, au sud de Riyad, après avoir refusé de payer 6 milliards de dollars au prince héritier Mohammed Bin Salman pour obtenir sa liberté, à la suite d’une importante opération de consolidation de pouvoir le 4 novembre 2017, au cours de laquelle plus de 300 princes, ministres et autres élites ont été arrêtés dans une purge « anti-corruption ».

Des sources ont indiqué au Middle East Montior que près de 60 détenus ont été transférés dans la prison la plus hautement sécurisée du Royaume. Parmi les prisonniers figurent le prince Al-Walid Bin Talal ainsi que le prince Turki Bin Abdullah et un certain nombre de fonctionnaires du gouvernement qui ont refusé de verser des sommes importantes pour leur libération.

Parmi les personnes arrêtées sur des allégations de corruption figure le prince Al Walid Bin Talal, le neveu du roi saoudien qui vaut plus de 17 milliards de dollars selon Forbes, et qui détient des participations dans Twitter, Lyft et Citigroup. Selon une source du Daily Mail, le prince héritier avait endormi Alwaleed dans un faux sentiment de sécurité, l’invitant à une réunion à son palais Al Yamamah, puis avait envoyé des officiers l’arrêter la veille de la réunion.

«Soudain, à 2h45 du matin, tous ses gardes ont été désarmés, les gardes royaux du MBS sont entrés», déclare la source.

Il est sorti de sa chambre en pyjama, menotté, mis à l’arrière d’un 4×4 et interrogé comme un criminel.

Ils les ont suspendus par les pieds, juste pour envoyer un message.

Les princes ainsi que d’autres personnalités victimes de la purge ont été emmenés à l’hôtel Ritz Carlton de Riyad, où ils auraient été autorisés à acheter leur liberté en renonçant à leurs milliards de dollars de richesse pétrolière pour leur vie.

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Des membres de la famille royale prisonniers à l'intérieur du Ritz Carlton de Riyad

Des membres de la famille royale prisonniers à l’intérieur du Ritz Carlton de Riyad

Comme l’a rapporté  Daily Mail en novembre, des mercenaires supposés employés par Academi – un successeur de la tristement célèbre entreprise américaine de sécurité Blackwater – ont pendu certains des « invités » de MBS au Ritz Carlton de Riyad et les ont sauvagement battus pendant les interrogatoires. Les accusations se sont répandues rapidement sur les médias sociaux de langue arabe, et même le président libanais Michel Aoun a accusé MBS d’utiliser des mercenaires.

Pendant ce temps, aucun des puissants amis du prince Al Walid ne semble venir à sa défense. Comme le  souligne CNBC  :

L’un des aspects les plus stupéfiants de la détention de bin Talal est le silence de sa longue liste d’amis influents. Cette semaine il y a au moins eu une mention de son sort avec une déclaration de deux anciens présidents français qui ont exprimé leur inquiétude sur le statut d’A Walid. Mais avouons-le: quelques mots d’un couple d’ex-présidents français sont des cacahuètes.

Nous avons donc maintenant bin Al Walid dans une véritable prison, avec un gouvernement qui prend agressivement de l’argent et des actifs, sans que ses amis étrangers ne s’insurgent.

Bin Salman est arrivé au pouvoir l’été dernier après la modification de l’ordre de succession par le roi Salman et la nomination de Bin Salman comme prince héritier. En plus de sa purge « anti-corruption » visant à consolider son pouvoir et ses richesses, le pays s’est engagé dans un plan ambitieux appelé « Vision 2030« – qui vise à moderniser l’Arabie Saoudite et à briser sa dépendance vis-à-vis de la production pétrolière, ainsi qu’à combattre les violations des droits de l’homme.

À la fin de septembre, l’Arabie Saoudite a pris la décision sans précédent de permettre aux  femmes de conduire . « Le décret royal mettra en œuvre les dispositions de la réglementation de la circulation, y compris la délivrance de permis de conduire pour les hommes et les femmes », a déclaré l’agence de presse saoudienne, selon  Al Aribaya.

Entre-temps, un groupe d’experts du Gouvernement saoudien a demandé que tous les contrats de mariage pour les filles de moins de 18 ans soient approuvés par les tribunaux de la famille – la dernière étape d’une série de réformes radicales menées sous la direction du nouveau Prince héritier, Mohammad bin Salman. Bien qu’il ne s’agisse pas d’interdire le mariage des enfants, il s’agit de la première mesure législative importante qui porte sur les pratiques anciennes, dont l’application est principalement surveillée par les clercs saoudiens et les juges locaux, et non par les tribunaux de la famille.

La législation proposée faisait partie d’une série de recommandations formulées lundi dernier par le Comité des Affaires Islamiques et Judiciaires, qui a également appelé à des tribunaux de la famille « compétents » pour superviser les tests de virginité prénuptiaux pour les filles de moins de 18 ans.

« Le comité a accepté que les moins de 18 ans soumettent leurs contrats de mariage, ainsi que des tests prénuptiaux à un  tribunal compétent  pour déterminer leur cas » dit la Conseillère Dr Eqbal Darandari.

« Certains membres de Shoura étaient en désaccord avec cette décision parce qu’ils croyaient que cela signifiait que nous tolérons le mariage précoce », a ajouté Darandari, ajoutant que « d’autres suggèrent que seuls les 16-18 ans peuvent porter leur dossier devant un juge, et que les personnes de moins de 16 ans ne pouvaient pas se marier. Certains membres ont demandé que cela s’applique également aux garçons mineurs. « 

Le docteur Darandari fait partie de plusieurs législateurs saoudiens qui croient en une limite d’âge pour le mariage des filles mineures. « Les voix des filles doivent être entendues et leurs opinions prises en considération. Je ne crois pas qu’un test prénuptial soit suffisant. À mon avis, je pense que nous avons besoin d’un comité féminin – composé d’un médecin, d’un avocat, d’un psychologue et d’un travailleur social – qui étudie l’état de la jeune fille afin d’évaluer si elle peut se marier ou non. »

Elle a également mis en garde contre les dommages pouvant survenir aux enfants contraints au mariage.

 » Ceux qui ont quinze ans ou moins peuvent subir de graves dommages physiques et psychologiques par le mariage,  et ils ne sont probablement pas équipés pour cela.  Je crois qu’il devrait y avoir des sanctions à l’encontre de ceux qui n’y adhèrent pas, et dans le cas d’un mariage pendant cet âge délicat,  le droit d’une fille de demander le divorce si les choses ne fonctionnent pas devrait être garanti. « – Dr. Eqbal Darandari

Voilà donc ce qu’il en est – Bin Salman tente de moderniser son pays, tout en luttant contre le pouvoir des anciennes familles pétrolières. Et pour ceux qui ne s’ y conforment pas, c’est la prison où les coups se poursuivront jusqu’à ce que la moralité s’améliore.

Source : http://ibankcoin.com/zeropointnow/2018/01/13/purged-prince-alwaleed-moved-to-al-hair-prison-after-refusing-to-pay-6-billion-for-freedom/#sthash.PYaLUFoR.dpbs

Traduction : AvicRéseau International


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