IL ÉTAIT UNE FOIS LE COMTÉ DE NICE

« CETTE CHRONIQUE VA ÉVOQUER L’HISTOIRE DU COMTÉ DEPUIS 1860. 

Par Thierry JAN écrivain-historien niçois

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UN BREF RAPPEL HISTORIQUE

Le Comté de Nice perdra au XVIII° siècle les vallées de Barcelonnette et du haut Esteron au profit de la Provence. En 1760 il se stabilisera avec la ligne du Var. La rive gauche au Comté et la droite à la Provence et au royaume de France. Il y aura des échanges mutuels de bourgs, un village sera même coupé en deux (Roquesteron) et l’est toujours aujourd’hui. Ce fleuve frontière ne pouvait être traversé qu’avec un bac ou le gué avec deux passeurs  portant le voyageur sur leurs épaules, ce qui créait des conflits entre les communes sur les privilèges du droit de passage. En 1792 le général d’Anselme fera construire un pont à demeure sur le Var.

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C’est avec le chemin de fer en 1864 que le pont définitif sera édifié. Après la restauration et la réforme administrative de 1818 le Comté perd la vallée de la Nervia qui est rattachée administrativement au Piémont.  Le terme Comté de Nice n’a alors plus guère de sens politique, administratif ou géographique. La réforme voulue par Victor Emmanuel I fait du Comté : la province de Nice au même titre que les provinces de San Remo et d’Oneille (Oneglia puis Imperia).  

La possession de ce fief, l’apanage de ce Comté dont le titre remonte à 1392, fut revendiquée par les Comtes de Provence, les Rois de France et les Savoie. Ces derniers détenaient la Souveraineté  sur le Comté depuis  la dédition de 1388. Le premier Comte de Nice fut le Duc Amédée VIII de Savoie. En 1554 Emmanuel Philibert, ayant fortifié Nice et Villefranche reprend le titre de Comte de Nice, lequel se transmettra à ses successeurs d’une manière ininterrompue. Louis XIV lors de sa première invasion du Comté, s’en attribuera le titre en 1695. Il n’y a donc plus de Comte de Nice depuis le rattachement annexion de 1860. 

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LE COMTE DE NICE AVANT LE PLÉBISCITE :

Après le rattachement à la France du Comté durant les périodes révolutionnaires et l’empire, ce dernier reviendra sous souveraineté Sarde au congrès de Vienne. Par un édit du 18 novembre 1818, Nice sera élevé au rang de chef-lieu de division tout comme San Remo et Oneille (Oneglia puis Imperia). Deux communes seront détachées du Comté : Pigna et Roquetta. En 1854 les rois de Piémont Sardaigne suppriment le privilège de port franc à Nice, c’est d’ailleurs ici que s’inscrit le fameux doigt cassé de la statue de Charles Félix. A la fin des années « 50 » et ce jusqu’au plébiscite, il y aura à Nice et dans le Comté des passions qui iront crescendo entre les partisans d’un rattachement à la France et ceux qui veulent rester fidèles à Turin.

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Garibaldi avec la gazette de Nice qui succéda en 1859 au journal : « la Terre Promise » et il Nizzardo défendront le parti piémontais.  Un autre journal : l’avenir de Nice, sera partisan du rattachement avec la France. Ce parti sera surtout représenté par le commerce et le monde économique. Ce qui s’avérera déterminant avec le développement du tourisme. Une troisième tendance se rangera à l’idée d’une autonomie et voudra réaliser comme la principauté de Monaco, la création d’un Etat ni Français, ni Italien. Les relations internationales viendront encore compliquer la situation, l’on verra l’Angleterre et la Suisse s’opposer à un rattachement du Comté avec l’empire français.

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Napoléon III qui avait aidé à l’unification italienne en participant à la guerre contre l’Autriche, menacera, la France était regardée comme une grande puissance après les succès de Crimée et d’Italie, le royaume piémontais d’une intervention militaire si les entrevues de Plombières n’aboutissaient pas et que le Comté et les Savoies ne revenaient pas à la France. Après une intense activité diplomatique, le 14 mars 1860 un traité était signé entre la France et le jeune royaume d’Italie. Malgré ce traité et l’on peut soupçonner ici Cavour de duplicité, les élections au parlement Sarde étaient maintenues.

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Garibaldi et Laurenti Roubaudi se présentaient sous les couleurs italiennes tandis que le parti pro français appelait à l’abstention. Cette dernière dépassa les 70% et il fallut refaire le scrutin. Les députés furent élus à la seule majorité relative et cela signait l’échec des adversaires du rattachement. Cavour en fin politique, pris une position ferme et déclara à Garibaldi que la décision des populations convoquées à un plébiscite, trancherait la question.

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LA PRESSE A NICE AVANT 1860 :

Les États de Savoie étaient libéraux avec la presse, plus qu’en France où elle était soumise à déclaration préalable. En 1848 le « statuto » donna une relative liberté aux journaux. Ces derniers connaissent dès lors un essor important. C’est ainsi qu’un nouveau journal « L’écho des Alpes Maritimes » apparaît. Il est entièrement écrit en Français et milite dès 1849 pour le rattachement du Comté de Nice  à la France. Suite à un article polémique sur l’église paru le 22 juillet 1850, le journal est saisi et disparaît le 10 août. Mourir pour renaître de ses cendres sera sa destinée, puisqu’il réapparaît 9 jours plus tard sous le titre « d’Avenir de Nice ». D’autres journaux défendent la cause du maintien sous la souveraineté des rois de Piémont Sardaigne. L’Italie n’existe encore pas et il est donc faux de dire que Nice fut Italienne.  En 1852 il Nizzardo défend le gouvernement de Turin et obtient le monopole non négligeable des annonces légales, ce qui était une appréciable source de revenus. Ce journal cessera ses parutions après le rattachement de 1860. L’année 1854 verra le premier journal entièrement écrit en Niçois.

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La « Mensoneghierra » organe de presse de François Guisol. Il Nizzardo et la gazette de Nice vont dénoncer le plébiscite à l’avance et ses nombreuses irrégularités dont la présence de troupes françaises le jour du scrutin. L’Avenir de Nice changera une troisième fois de nom et deviendra le 3 avril 1860 : « le Messager de Nice ». Ce journal deviendra le champion de la cause française et du rattachement d’avril 1860. Après la chute de l’Empire, Joseph André  dirige deux journaux écrits en Italien. Le premier  Il Diritto  di Nizza et le second qui lui succède : Il Pensiero di Nizza. Si le premier ne dure qu’un an, l’autre paraîtra jusqu’à son interdiction par le gouvernement Français en 1895. La presse, désormais, serait écrite en Français.

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LE PLÉBISCITE ET LES FRONTIERES EN 1860 :

A la veille du plébiscite, le roi Victor Emmanuel II décida de retirer les fonctionnaires Sardes du Comté, afin de ne pas troubler le scrutin. Il annonça aux habitants du Comté le 2 avril leur changement de nationalité. Lubonis avocat général fiscal fut nommé afin de remplir les fonctions de Gouverneur, deux autres niçois l’assistèrent : Prosper Girard et Auguste Gal. En même temps, soit avant le scrutin, arriva le sénateur français Piétri qui se chargea d’organiser le futur nouveau département. Ce dernier comprendrait le Comté de Nice plus les arrondissements de Cannes et de Grasse pris au département du Var. Piétri sera très habile et multipliera les promesses. Les élections étaient fixées au 15 et 16 avril, soit deux semaines après la déclaration du 2 avril de sa majesté le roi d’Italie. Le syndic de Nice Malausséna invita les Niçois à voter OUI.

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Le jour du scrutin la cité était pavoisée aux couleurs françaises et les électeurs de chaque paroisse, curés en tête, viennent voter au collège. La présence du corps ecclésiastique sera déterminante sur le résultat. L’ampleur des Oui, créera une polémique sur la régularité du scrutin. Aujourd’hui encore, certains parlent non d’un rattachement, mais d’une annexion. Trois communes auront un contingent de non appréciable, ce sont : Castellar, Gorbio et Menton.  A Turin, Garibaldi et l’ancien président du conseil Ratazzi, réagiront violemment. Cavour fin politique retardera au maximum la ratification parlementaire de ce plébiscite. En effet les débats au parlement de Turin ne commencèrent que le 29 mai à la chambre des députés et le 11 juin au sénat. En France il fut ratifié les 12 et 13 juin 1860.

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C’est le 14 juin que le Comté devint officiellement Français. La nouvelle frontière fut définitivement arrêtée par convention le 7 mars et ratifiée le 16 mars 1861. Le Comté de Nice allait se trouver coupé en deux. En effet, Tende, la Brigue, Molières, restaient italiennes ainsi qu’une partie des Valdeblore, Rimplas et Saint-Sauveur. Le 2 février 1861 le prince Grimaldi de Monaco renonçait à Menton et Roquebrune qui par un nouveau vote, confirmèrent leur volonté d’être Françaises. La Principauté était désormais enclavée dans la France.

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LE PRINCE CHARLES III DE LA PRINCIPAUTE DE MONACO ( 1818-1889 ) 

 

LES DESSOUS DU RATTACHEMENT :

Après la chute de Napoléon Ier, le congrès de Vienne plaçait l’ancienne république de Gènes sous la domination des souverains Sardes. Ces derniers dès lors poursuivirent une politique axée sur l’Italie et son unité. Aussi privilégièrent-ils le port de la capitale Ligure au dépens de Nice, Gènes la superbe et la « lanterne » offrant en effet plus d’avantages que le modeste bassin Lympia.

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Dans le plan de développement des Savoie, le Comté était délaissé, ce qui favorisa l’émergence du parti Français. En 1832 fut créé le consiglio d’Ornato. Cet organisme avait pour tâche d’organiser des aménagements à Nice. C’est de cette époque que date l’église du vœu, ce en remerciement suite à une épidémie et la place Masséna. La colonie britannique sous l’impulsion du révérend Lewis Way, aménagera un petit sentier littoral qui deviendra notre promenade des anglais. Un boom économique dynamise Nice. Cet essor est surtout touristique. S’il y a seulement 4 hôtels en 1827, on en compte une cinquantaine trente ans plus tard. Le consiglio d’Ornato, que l’on peut traduire par : conseil d’aménagement, installe l’éclairage public au gaz et crée un jardin à l’embouchure du Paillon vers l’ancien pré aux oies. 

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En 1833 le tourisme est le poumon économique de Nice. La ville semble déjà française, on le parle plus que l’italien, les enseignes des commerçants sont en français et les prédications  ou homélies se font dans la langue de Voltaire. Les édiles demandent que l’enseignement relativement développé et confié aux frères des écoles chrétiennes, se fasse en Français. Ils arguent avec raison que les couches populaires dans leur activité ont plus de contact avec la France qu’avec le Piémont. On va plus vite à Paris qu’à Turin et le coût du transport des marchandises est moitié moins cher avec la France. La presse dans sa majorité est pro française, le Mensonghiera en niçois et « lou Sincaire » de Fénocchio et Barbéris, soulignent les avantages d’un retour à la France. La vue à long terme de Cavour qui veut concurrencer Marseille, fait que le ministre italien favorise Gènes et la Spezia. Nice perd ses avantages douaniers et Villefranche perd son statut de port de guerre. Les classes moyennes ont toujours été le facteur déterminant des orientations politiques et c’est elles qui font en fait les élections. Elles furent le soutient des rois Sardes, mais devant la perspective des avantages économiques de se lier à la France, elles se rallièrent au camp français. L’église, elle aussi va avoir une influence déterminante.

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En 1852 Cavour laïcise sa politique et l’unité italienne en marche, pourrait menacer les Etats pontificaux. Aussi les curés se méfient de cette politique et préfèrent Napoléon III qui vient de signer le concordat avec sa sainteté et assure de substantiels revenus au clergé, en France le clergé est payé quatre fois plus que dans les Etats de Piémont Savoie. A l’heure du choix, l’église entraînera les masses paysannes, sur lesquelles elle a une très grande influence, vers la France impériale. L’aristocratie  est dans son ensemble et surtout dans le corps juridique, favorable à Turin. Une frange non négligeable de la population souhaiterait que le Comté évolue vers une indépendance et se constitue en Etat indépendant comme la principauté de Monaco. Ces derniers manquent de moyens. Ils n’ont, ni la presse, ni la propagande et pas de financement.  Quand le banquier Carlone fonde en 1848 avec Jules Avidgor, influent membre de la communauté israélite, le journal : « L’écho des Alpes Maritimes » qui deviendra l’Avenir de Nice, il milite pour des raisons évidentes pour un rattachement avec la France.

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LES NICOIS EN 1860

C’est une population laborieuse qui vit de petits métiers, d’artisanats et des petits commerçants. Ce prolétariat urbain se trouve dans la vieille ville et la rive gauche du Paillon. La bourgeoisie se trouve rue saint François de Paule, sur la colline de Cimiez et ses abords et commence à faire construire sur le littoral.  L’aristocratie Anglaise se retrouve à Cimiez où la reine Victoria a ses habitudes avec son célèbre « Jacquot ». La noblesse Russe quant à elle a ses quartiers aux pieds de la colline saint Philippe, là où le tsar fera construire une église.  La fleur avec Alphonse Karr va devenir la principale industrie de Nice. Les serres s’installent vers la Lanterne et saint Antoine. A saint Roman de Bellet on y trouve la vigne sur des coteaux admirablement exposés au soleil. C’est une culture en terrasse qui ne permet pas une grande production, mais offre un vin de qualité. Avec le changement de souveraineté, l’administration bouleverse le statut niçois. Les règles administratives Françaises devenaient applicables le 1er janvier 1861. Par Senatus consulte de Napoléon III, elles seront exécutables dès août 1860.

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LE JOURNALISTE ALPHONSE KARR QUI PRÉCONISA LA CULTURE DES FLEURS SUR LES COLLINES NICOISES.

Nice devient chef-lieu du nouveau département et académie, mais elle perd son statut de cour d’appel. Le nouveau département est découpé en arrondissements, cantons et communes. Les intellectuels Niçois : Eugène Emmanuel auteur de la chanson : « La miéa bella Niça », Henri Sapia, François Barbéri, Adolphe de Foresta, Antonio Fénocchio rédacteur du Nizzardo, le savant Auguste Gras et le botaniste Charles Auguste Goiran, pour ne citer que ceux-là, opteront tous, après le rattachement, pour l’Italie.

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Les cadres militaires quant à eux, choisirons la fidélité au roi de Piémont Sardaigne. La société des lettres, sciences et arts des Alpes-Maritimes comptent très peu de Niçois parmi ses membres dont Auguste Carlone et quelques autres. La vie intellectuelle en France gravitait surtout autour de Paris et des gens comme Sardon, qui il les décrit comme étant paresseux et insolents, ont une piètre opinion des intellectuels Niçois.. Certains, de cette élite Niçoise, quand ils verront le mépris des élites Françaises à leur égard, rejoindront l’Italie. C’est un défaut bien Français, tout doit briller depuis Paris. Le jacobinisme de la Révolution n’a fait qu’empirer le centralisme de la monarchie depuis Louis XIV.

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NICE  SOUS LE SECOND  EMPIRE

Le préfet Paulze d’Ivoy, ne facilite pas les relations des niçois avec la nouvelle administration, il sera remplacé en 1861 par Gavini de Campile. Les Niçois devront répondre à deux plébiscites, cinq législatives et deux municipales en dix ans. François Malausséna sera à chaque fois élu maire ou député. Il travaille de concert avec le nouveau préfet et sont tous deux des acteurs du développement prodigieux de Nice durant ce second empire. La population conserve des attaches avec la jeune Italie et reste opposée à une éventuelle guerre avec la Prusse. En 1870 après la défaite et la chute de l’Empire, le rattachement semble remis en question avec l’élection de Garibaldi et ses partisans.

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Auguste Raynaud remplacera Malausséna à la mairie. La presse a acquis un pouvoir, on ne parle pas encore de quatrième pouvoir, mais de plus en plus de gens savent lire et les journaux, commencent à faire l’opinion. Le journal principal a ses origines en 1849. Il va successivement s’appeler : l’écho des Alpes Maritimes, l’Avenir de Nice, le Messager de Nice et en 1863 il deviendra le Journal de Nice. Son principal rival est le Phare du Littoral qui apparaît en 1865. Ce dernier est opposé à Napoléon III et fera d’ailleurs campagne pour le non au plébiscite de mai 1870. Ils survivront tous deux à la chute de l’Empire, l’un disparaissant en 1880, quant au Phare du Littoral, il sera publié jusqu’à 1901. A la chute de l’Empire paraît : « L’Ordre Social » c’est un quotidien républicain des Alpes-Maritimes. Il sera interdit en 1874. Les aménagements urbains sont nombreux, outre l’arrivée du train en 1864, c’est le littoral et le port qui se transforment. Les Ponchettes, ce qui signifie en Niçois : « les petites pointes » en référence aux rochers de la colline du château qui tombent dans la mer, furent jusqu’au XVIII siècle le seul port de Nice. Le visiteur d’aujourd’hui, pourra observer les traces de l’activité des lieux, laquelle perdurait encore dans les années « 60 ».

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Les pécheurs y hissaient leurs pointus et triaient leur pêche. De 1750 à 1776 s’édifie la première terrasse. Elle a un double usage : d’abord commercial avec les magasins et entrepôts du rez de chaussée et une promenade publique en hauteur, où la bonne société aime à y flâner. En 1840, elles seront doublées. Mais déjà, elles perdent leur intérêt et l’engouement pour les jardins publics et surtout la promenade des Anglais, tracée dès 1822, détrônent les terrasses.  La rue littorale longera la côte de l’embouchure du Paillon à la croix de marbre. En 1855 ce qui est devenu le chemin des Anglais, en hommage à leur contribution, verra son prolongement jusqu’à Magnan .La promenade des Anglais était née.

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La communauté britannique fut la première à découvrir la douceur du climat de Nice et sa Riviera. En 1827 Rancher publie le guide des étrangers à l’usage des hivernants Anglais. L’idée d’un port germait depuis le XVI siècle et le débat existait entre deux sites : certains suggéraient l’anse saint Lambert à l’ouest du château, ce qui englobait les Ponchettes, d’autres penchaient pour l’est du château, lieu de marécages où coulait un petit torrent le Limpia. Le roi Charles Emmanuel III opta pour cette zone de marécages. Le chevalier de Galéan Riquier dessina les plans en 1749 et le port fut achevé en 1780 après plusieurs péripéties. Après le rattachement en 1860, les autorités impériales étudièrent une extension du port de Nice et le bassin Limpia devint Lympia. Les travaux débutèrent vers 1869, la guerre et la chute de l’empire retarda ceux-ci et c’est entre 1874 et 1879 qu’ils seront achevés. Ce port connaîtra d’autres aménagements, dont l’extension de sa digue à l’aube du XX siècle.

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LA FIN DU DEUXIEME EMPIRE AVEC LA BATAILLE DE SEDAN LE 2 SEPTEMBRE 1870

 

LE COMTÉ DE NICE ET LA GUERRE DE 1870.

C’est avec stupéfaction que les populations du Comté apprennent le 19 juillet 1870, la déclaration de guerre de Napoléon III à la Prusse. Ils ne se sentent pas vraiment concernés par ce conflit et certains jeunes, afin d’échapper à la conscription, passent en Italie. La première compagnie des mobiles des Alpes-Maritimes s’illustrera brillamment en Côte d’Or avec à ses côtés Garibaldi et ses volontaires. L’empire s’effondre à Sedan le 2 septembre 1870 et Gambetta proclame la république deux jours après. Le maire Malausséna et le préfet Gavini démissionnent de leurs mandats et poste. C’est Auguste Raynaud qui en 1871 sera élu maire. Devant la catastrophe, cet effondrement de la France que l’on croyait invincible, Thiers va tenter un marchandage. Du 13 au 19 octobre 1870, Thiers se déplace à Florence, alors capitale du royaume d’Italie. Il propose au gouvernement italien de restituer le Comté de Nice contre l’envoi d’un contingent de 100.000 soldats italiens contre la Prusse. Les Niçois n’étaient pas très concernés par ce conflit entre l’Empire Français et le Royaume de Prusse. Les manœuvres de Bismarck et la dépêche tronquée d’Ems, Napoléon III était tombé dans le piège du rusé Prussien, Nice n’était Française que depuis dix ans et comprenait mal pourquoi aller se battre dans les Vosges pour une virgule mal placée dans une déclaration du roi de Prusse.  Déjà en juin 1869, suite à l’ouvrage « Les brouillards de Nice » de Pierre  Pierre, qui faisait des insinuations malveillantes à l’encontre des Niçois, des attroupements se font devant le domicile de l’auteur rue Cassini. Le maire Malausséna tentera de calmer l’opinion par voie d’affiches.

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LE MAIRE DE NICE MALAUSSENA 

Le préfet fera interdire les chants et dispersera la foule.  Avec la déchéance de l’Empire, le chef de l’exécutif départemental est changé.  Le nouveau préfet ami de Gambetta, qui avait des attaches à Nice sans être Niçois, fut nommé le 6 septembre 1870. Il nommera Piccon maire de Nice pour le démettre 13 jours plus tard, le soupçonnant de sympathies séparatistes. Il nomme alors le docteur Pacifique Clérissy. Le préfet Barragnon très maladroit fut démis le 8 octobre. En un mois il avait créé une situation chaotique. C’est le 20 octobre de la même année qu’arrive Marc Dufraisse au poste préfectoral. Ce préfet guère plus habile s’oppose d’abord à la création d’un journal en italien « il Diritto di Nizza ». Après l’armistice et la fin de la guerre, il crut bon de se présenter aux élections législatives. Garibaldi et les membres du comité Niçois, tous avocats : Piccon, Bergondi et Borriglione, furent soutenus par « Il Diritto ». Ce journal interdit par le préfet reparu sous le titre : « La Voce di Nizza ». Marc Dufraisse élu député en 4ème position quitta ses fonctions pour le parlement de Bordeaux. Il Diritto di Nizza fera un large écho dans son numéro du 8 novembre, sur les manifestations du 6 novembre 1870. Un nouveau préfet : le marquis Raymond de Villeneuve Bargemon, collabora étroitement avec le nouveau maire Auguste Raynaud. Les esprits se calmèrent et les troubles cessèrent. Bientôt ce serait la saison, les venues du Prince de Galles et de l’empereur Pedro du Brésil, étaient annoncées parmi d’autres. Le Comté de Nice restait Français et renonçait à une aventure séparatiste.

Thierry JAN

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